Villette Numérique 2006 – Jouez ! Créations numériques et jeux vidéo

Organisé par la Cité des Sciences et de l’Industrie, la Maison de la Villette et la Géode, du 29 septembre au 1er octobre 2006

Pour sa troisième édition, la biennale « Villette numérique » se concentre sur un produit culturel de plus en plus souvent exploité et détourné par les artistes : le jeu vidéo. Bien que fort resserrée dans le temps, la manifestation s’impose une nouvelle fois comme une constellation multiforme, tout autant capable de piquer la curiosité des greenhorns, que celle des geeks..


Côté expositions…

Dessiné à la Cité des Sciences et de l’Industrie sur une plateforme de 1’000m², un parcours offre la possibilité de tester une quarantaine de jeux vidéo aux fortunes diverses – déjà cultes, abandonnés avant commercialisation, inédits en France… – graduellement répartis en six espaces. Le gamer s’échauffe avec des jeux aux règles simplissimes, lui allouant un fun personnel et immédiat, puis rejoue son destin, défie autrui, s’engage dans des joutes sportives, glisse dans de fascinants univers persistants (ces mondes de l’imaginaire peuplés de milliers de joueurs), avant de découvrir quelques serious game à vocation pédagogique. Sa visite achevée, il a la possibilité d’emprunter un second itinéraire jalonné de dix installations ludo-interactives et paradigmatiques du Game Art (une pratique expérimentale exploitant fort astucieusement le jeu vidéo comme médium et/ou support).

Particulièrement mis en avant, le collectif allemand Fur – qui remporta ici même un franc succès il y a deux ans – expose trois dispositifs interactifs. Le premier, Fulminator (2004), est un flipper immersif dans lequel on rentre la tête pour s’isoler du monde extérieur et actionnable tant par des manettes que par les mouvements du corps. Evoluant à une vitesse assez élevée, la boule virtuelle qui ne semble rouler qu’à quelques centimètres du visage, impressionne les novices et palpite le cœur des plus chevronnés. Le deuxième, Mr Punch, permet à deux joueurs d’expurger leur agressivité dans un fighting game à la sauce oldschool : deux automates mécaniques, télé-guidables grâce à des leviers et poignées en bois, tentent de mutuellement se décapiter dans une boîte similaire à celles des théâtres de Guignol. Enfin, le troisième, Painstation, est une adaptation du célèbre Pong infligeant un châtiment à chaque balle ratée ; une manière fort judicieuse de montrer que le virtuel n’est pas systématiquement dénué de conséquences dans le réel.

En soirée, la salle d’arcade « Eniarof » – aux allures de fête foraine – ouvre ses portes sur la mezzanine de la Maison de la Villette et incite le public à expérimenter six consoles hackées. Véritables trublions des temps post-modernes, leurs concepteurs détournent sciemment le fonctionnement de grands classiques – et/ou s’attaquent aux interfaces matérielles – pour contrecarrer les résultats escomptés. Ainsi, par exemple, Adelin Schweitzer encourage le joueur à cogner le moins fort possible dans son punching-ball,VideoPuncher, afin de lui éviter de visionner des vidéos trop gores. Dans un registre différent, Djeff Regottaz l’invite à appréhender la fameuse maltraitance du pad consistant à l’actionner violemment de gauche à droite afin d’accélérer un mouvement. Pour cela, il le place sur une dalle pivotante, à quatre contacts et l’incite à opérer un grotesque déhanchement pour physiquement participer au cent mètres virtuel d’Hyper olympic (1983).


… côté spectacles

A la nuit tombée, la Maison de la Villette se métamorphose en cabaret technologique et propose différents événements performatifs. Parmi les stars particulièrement attendues, deux Européens : Marcel.lí Antúnez Roca et Yan Duyvendak.

Le Catalan rejoue sa première performance solo, Epizoo (1994) – lors de laquelle il s’était équipé d’un exosquelette et livré en pâture à un public de gamers sadiques – et en propose une autre inédite, Protomembrana – qui inspirée des Métamorphoses d’Ovide et de L’Origine des espèces de Charles Darwin – traite des mutations induites par le progrès technologique.

Passé maître dans l’art du travestissement, le performeur suisse joue, quant à lui, face à l’écran deux séquences embrassant vertigineusement plusieurs degrés de réalité et virtualité. Dans You’re dead, il vêt un treillis militaire, s’empare d’une mitrailleuse pour, peu à peu, glisser du stade de joueur à celui de combattant virtuel et finalement s’incarner en soldat réel. Dans My name is Neo, un événement beaucoup plus comique, il revêt une tenue de cuir noir et, sans l’aide d’effets spéciaux, double pendant un quart d’heure la chorégraphie du héros de Matrix.

Afin de prolonger ces « soirées Rounds » de manière festive, deux « Nuits Electro » prennent le relai à partir de minuit. La première est confiée au collectif Exyzt – qui transforme la Maison de la Villette en lieu d’affrontement de jeu vidéo entre djs et vjs – et la seconde à Micromusic.net, un réseau d’artistes fondé en 1998, bricolant d’étonnants rythmes tendances à l’aide de machines « vintage » (Commodore 64, console Gameboy…).


En complément

Destinés à ceux qui souhaitent épancher leur curiosité, de nombreuses conférences abordent des thèmes aussi divers que l’état de la création en France (quels sont ses atouts par rapport à l’Asie, au Canada ou aux Etats-Unis ?), les bienfaits de la thérapie par le jeu, la perception de la violence, ou encore les espoirs portés par les jeux « nextgen’ » (disponibles sur consoles et téléphones portables de nouvelle génération). Il leur est également possible de participer à des ateliers pratiques (création d’un jeu programmé en Flash ou via Gamemaker), de rencontrer des élèves des huit grandes écoles françaises (formant les chefs de projets, level designer, game designers…), ainsi que quelques stars telles que Jordan Mechner, le créateur new-yorkais du mythique Prince of Persia


Article initialement publié sur Fluctuat le 21 février 2007

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