Prix Marcel Duchamp 2006

Au Grand Palais, FIAC, du 26 au 30 octobre 2006

Envisagé comme le pendant du so british « Turner Prize », l’hexagono-centré « Prix Marcel Duchamp » – initié par les collectionneurs de l’Association pour la Diffusion Internationale de l’Art Français (Adiaf) – récompense chaque année un plasticien résidant en France. Tout comme en 2005, la FIAC accueille les propositions des quatre nominés : Adel Abdessemed, Leandro Erlich, Philippe Mayaux et Bruno Peinado.

Depuis 2000, les deux cents collectionneurs de l’Adiaf sont annuellement conviés à se prononcer sur les artistes qui leur tiennent tout particulièrement à cœur. En avril, un comité de sélection – composé d’une dizaine de membres et annuellement renouvelé – a la lourde tâche de départager la centaine de propositions recueillies et de n’en retenir que quatre. Chaque nominé se voit offrir, pendant la période de la Fiac, un espace pour exprimer son talent et choisit un rapporteur pour le représenter auprès d’un jury international composé de Gilles Fuchs, président de l’Adiaf, et de six personnalités (1).


Bruno Peinado

Défendu par le critique Nicolas Bourriaud, Bruno Peinado propose sur son stand – le seul inaccessible au public et éclairé par des néons blafards – un ensemble de sculptures fort peu convainquant. Dans sa logique de customisation des signes mass-médiatisés, l’artiste dispose, sur un sol fracassé, différentes pièces se contaminant mutuellement : des caissons émettant des pulsations lumineuses, Extrême magenta, une peinture recouverte d’une plaque de verre sécurit ayant reçu un impact, ainsi que diverses pièces en aluminium soigneusement découpées à haute pression (voir illustration en bas de page).


Leandro Erlich

Habituellement concepteur de savants dispositifs piégeant le regard, l’Argentin Leandro Erlich, (défendu par Danielo Eccher, directeur du musée d’Art contemporain de Rome) ne propose ici qu’une seule installation, somme toute assez ‘simple’ : Le Couloir, une pyramide tronquée, à échelle humaine, greffée contre un mur et s’avançant vers le centre de la pièce. Dessus, un célèbre dessin d’étude pour l’architecture avec cinq portes est reproduit en trompe-l’oeil.

Le public est invité à expérimenter la salle d’exposition en percevant l’œuvre sous de multiples points de vue. Du statut de simple regardeur, il bascule aisément vers celui d’acteur et, peut même éventuellement, dans un troisième temps, inventer un scénario pour cette pièce.


Abel Abdessemed

Témoin attentif de son époque et éveilleur de consciences, le Franco-algérien Abel Abdessemed – appuyé par Christian Bernard, directeur du Mamco de Genève – nous laisse cogiter face à deux pièces engagées. Soigneusement moulée en terre cuite à l’échelle 1/1, sa sculpture Practice Zéro Tolérance (2006) reprend la forme d’une épave de voiture calcinée (allusion évidente aux émeutes de banlieue, ainsi qu’aux propos tenus par le ministre de l’Intérieur). Et, incrusté dans un mur, Sphère 2, un cercle en fil barbelé utilisé pour les système de défense militaire nous rappelle l’existence de camps comme Guantanamo. Deux œuvres d’apparence fragile, mais lourdement empreintes de sens…


Philippe Mayaux

En fidèle admirateur, Marc-Oliver Wahler, directeur du Palais de Tokyo, soutient le très déjanté Philippe Mayaux, « ce plongeur de haut vol, capable des pirouettes les plus insensées. » Avec truculence, le plasticien – qui s’enjoue à produire des émotions chez les visiteurs – propose un espace « vivant », introduit par une sculpture de pièce montée, élégamment présentée sur un plateau tournant, et … garnie de faux doigts sectionnés. A quelques mètres, les visiteurs s’amusent d’une diffusion sonore de niaiseries romantiques, de petits dessins grivois, d’une tempera sur papier représentant Un arbre d’Eden, dit le Couillassier, ou encore de coucous suisses plastronnant fièrement des reproductions de sexes féminins et mouvant de longues plumes d’autruche sur les côtés.


Qui aura l’honneur de succéder à Thomas Hirschhorn (2001), Dominique Gonzalez-Foerster (2002), Mathieu Mercier (2003), Carole Benzaken (2004) et Claude Closky (2005) ? Le nom du sixième lauréat du Prix Marcel Duchamp sera officiellement annoncé à la Fiac, samedi 28 octobre à midi. L’artiste sera récompensé par un coquet prix de 35’000 € et se verra offrir une exposition personnelle, du 9 mai au 13 août 2007, à l’Espace 315 du Centre Pompidou.


Note :

(1) : Le jury international de l’édition 2006 est composé du Dr Robert Fleck (directeur du Deichtorhallen, Hambourg), Gilles Fuchs (président de l’ADIAF), Fabrice Hergott (directeur des Musées de Strasbourg), Bernard Massini (collectionneur français), Jacqueline Matisse-Monnier (artiste), Alfred Pacquement (directeur du Musée national d’art moderne) et Patricia Sandretto Re Rebaudengo (collectionneur italien).

Article initialement publié sur Fluctuat le 27 octobre 2006

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