DEA – Centre Oboro (Montréal)

<<< Walker Art Center (Minneapolis, Minnesota)

C.2 – Centre Oboro (Montréal)

Fondé en 1982, Oboro est un centre transculturel, montréalais, à but non lucratif, géré par un collectif d’artistes [1]. Il s’est donné pour mission d’encourager l’art contemporain expérimental (arts visuels, new media arts, performances…) ainsi que l’échange d’idées. Il se revendique très ouvert (« à toutes les formes de projets originaux qui font avancer la réflexion et évoluer les pratiques artistiques [2] »). Ses principales activités sont: la monstration, l’édition, l’accueil en résidence, la mise en place de conférences, d’ateliers et de projets en réseaux.

En 1995, le centre intégra à sa programmation une série d’événements (et de projets) utilisant les nouvelles technologies ; il lui donna le nom de ‘TechnOboro’. Progressivement, il intensifia ses activités dans ce domaine et mit en place un véritable ‘laboratoire nouveaux médias [3]’ (officiellement inauguré le 7 décembre 1997). Celui-ci « propose un contexte stimulant de création qui favorise les pratiques innovatrices. Il a comme objectif, pour l’ensemble de la communauté, l’avancement de la réflexion dans le domaine des arts médiatiques, des nouveaux médias et des nouvelles technologies [4]. » Il ne fixe aucune limite et étudie tous les dossiers artistiques. « Les demandes peuvent prendre la forme, entre autres, de quelques jours d’accès à une unité informatique sans frais ou à des coûts réduits, d’un projet de résidence de plusieurs semaines couvrant différents aspects d’une production, d’un projet de coproduction multipartite impliquant un commissaire [5]. » Tous les projets sont jugés par le Comité de programmation en fonction d’un certain nombre de critères (notamment la pertinence, la qualité artistique, le contexte montréalais et le budget nécessaire).

A partir de mai 1997, aux divers projets novomédiatiques et télématiques menés avec différents centres (et communautés), s’ajouta un ensemble de projets spécifiquement conçus pour le Web. Pendant quatre ans [6], le centre permit à une quinzaine d’artistes de créer de petits projets hypermédias assez originaux mais n’offrant pas de grandes possibilités interactives. Nota: le TechnOboro est un laboratoire dirigé par des artistes – et, par conséquent, a des enjeux différents de ceux des grosses institutions (dépendantes des fondations industrielles ou des universités). Il ne dispose pas de gros budgets et doit se contenter de projets plus modestes.

Les artistes gardent l’entière propriété de leurs web-créations. Chaque année, le Centre doit leur verser des droits et passer des accords avec eux pour continuer à diffuser les œuvres (nota: ils ont la possibilité de décliner l’offre). L’entente de diffusion indique que les projets doivent être reproduits dans leur intégralité et sans déformation (à moins que l’artiste lui-même ne consente par écrit à une reproduction non conforme).


Notes :

[1] OBORO est entre autre membre du Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec, de l’Alliance des arts médiatiques indépendants et du Conseil québécois des arts médiatiques. Il est coordonné par: Bernard Bilodeau, Daniel Dion et Su Schnee.

[2] Cf. la rubrique ‘Appel de dossiers’, in le site du centre Oboro.

[3] L’espace est situé dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal (à proximité de la rue Duluth). A son ouverture, il fut coordonné par Daniel Dion, Cheryl Sim et Gisèle Trudel.

[4] Cf. le site du Centre Oboro, rubrique ‘Laboratoire nouveaux médias’.

[5] Cf. le site du Centre Oboro, rubrique ‘Activités’.

[6] Le Centre Oboro n’a pas produit de nouveaux projets sur le Web depuis 2001. Oboro.Tv, une chaîne de télévision online, est devenue leur grande priorité.


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DEA – Chapitre 2: La situation en Europe

Introduction

Comme les Etats-Unis, l’Europe réussit à tirer parti de multiples atouts conjoncturels – une économie propice à la création, la présence de multiples artistes aux parcours divers, d’un public fidèle [1], ainsi que de nombreux instituts de formation, de tutelle, de promotion et de distribution – pour s’imposer comme l’un des principaux foyers de la Web-création.

Pour ce chapitre, (faute de temps) nous avons volontairement limité notre recherche aux trois pays dans lesquels nous avons trouvé le plus de collections de Web-art: l’Espagne, la France et la Grande-Bretagne. Dans le cadre d’études ultérieures, il serait intéressant d’analyser les quelques initiatives prises en Allemagne et en Europe de l’Est.


1 – Quelques rappels historiques sur le computer-art

a – Allemagne et l’Europe centrale

La première exposition d’art informatique eut lieu en 1965 à la Technische Hochschule de Stuttgart (y furent montrés des travaux de trois mathématiciens: Frieder Nake, Michael Noll et George Nees). Très vite, l’Allemagne s’imposa comme le principal lieu de monstration du computer-art [2]. Dans les années soixante, il est également intéressant de remarquer que de très nombreuses galeries tchécoslovaques et yougoslaves présentèrent ces nouvelles pratiques [3].

b – Grande-Bretagne

Les Britanniques s’intéressèrent à l’art informatique dès la fin des années soixante. Le premier grand vecteur de connaissances fut l’exposition ‘Cybernetic Serendipity: The Computer and the Arts’ (1968, Institute of Contemporary Arts). Le commissaire, Jasia Reinhardt, voulut montrer comment les technologies réussissaient à influencer la création artistique. « Qui pourra nier que nous assistons, avec l’informatique, à une sensationnelle expansion des médias et des technique artistiques ? Sans doute les possibilités inhérentes à l’ordinateur comme outil de création modifieront-elles assez peu les langages propres de l’art, puisqu’ils procèdent essentiellement d’un dialogue entre l’artiste, ses idées et le support. Et pourtant ces possibilités vont agrandir le champ de l’art et accroître sa diversité. [4]. » Trois artistes – Charles Csuri, Lloyd Summer et Duane Palyka – montrèrent leurs expérimentations graphiques sur ordinateur.

En 1969, Alan Sutliffe fonda le Computer Arts Society pour « encourager l’usage créatif des ordinateurs dans les arts et pour favoriser les échanges d’informations techniques. Pour remplir ces objectifs, la société commença à publier une newsletter intitulée Page, contenant des écrits sur la communauté des artistes exploitant l’informatique, ainsi que des listes d’expositions et d’événements [5]. »

c – France

D’une manière générale, les institutions françaises ne s’intéressèrent guère aux arts électroniques et informatiques. Les premières initiatives furent entreprises par le Musée d’Art de la Ville de Paris et par l’ARC (acronyme d’Animation Recherche Confrontation [6]).

En 1983, les arts électroniques et informatiques furent mis à l’honneur avec l’exposition ‘Electra [7]’. Dans un vaste secteur, des systèmes permettaient au public « de créer des images nouvelles, et plusieurs micro-ordinateurs ou autres appareils ludiques [de] donner libre jeu à son intervention [8]. [L’exposition eut un grand succès]: elle réussit à relier deux cultures, l’une artistique, l’autre scientifique [et ainsi] à contribuer à agrandir le champ général de l’esthétique. [Elle] attira en outre de nouvelles fractions de son public, et [fit] se rejoindre les partisans d’un art élitiste et les défenseurs d’un art populaire [9]. »


2 –Notes succinctes sur les collections de Web-Art en Allemagne et en Europe centrale

a – Allemagne

A ma connaissance, la Kunsthalle de Hambourg est le seul musée allemand à conserver des web-créations. En février 1997, il reçut quatre œuvres ; celles-ci furent sélectionnées lors du concours ‘Extension’ lancé par le journal Spiegel [10]. Par la suite, l’institution ne compléta pas cette amorce de collection.

Le ZKM [11], l’un des plus grands musées consacrés aux new media arts, semble, cette année, se pencher sur le Web-Art. Il dispose d’un département spécifiquement consacré au Net – le ‘ZKM_Institute for Net Development [12]’ – qui organise des conférences, coproduit des projets artistiques et invite des artistes en résidence. A l’heure actuelle, il semble ne toujours pas disposer de collection de Web-Art.

Il est très probable que les institutions allemandes chercheront à acquérir des œuvres virtuelles en observant l’essor du Net-Art au sein des grandes collections privées (ex. en janvier 2004, Sammlung Volksfürsorge commanda une webcréation à Cornelia Sollfrank [13]).

Le plus grand ensemble de web-créations en Allemagne n’appartient pas à une institution. Il fut mis en place par la plateforme online Netzspannung [14]. Sa section ‘Showcase für digitale Kunst und Kultur’ est envisagée comme une ‘archive ouverte’ aux artistes, aux designers et aux scientifiques.

b – Europe centrale: Hongrie et Slovénie

L’avènement d’Internet survint en même temps que la Chute du Bloc de l’Est. Aussi, le Web fut perçu comme un moyen de libération démocratique (de nombreux pionniers du Net-Art vinrent d’Europe Centrale ou de l’Est: Vuk Cosic, Alexei Shulgin…).

Le Centre pour la Culture et la Communication (le ‘C3 [15]’) est l’institution d’Europe centrale qui a montré le plus grand intérêt pour le Web-Art. Depuis son inauguration (le 26 juin 1996), il a pleinement concentré ses efforts sur la bonne intégration des nouveaux médias dans la tradition culturelle et dans l’avant-garde artistique. Entre 1996 et 2002, le centre réussit à obtenir une vingtaine de web-créations.

En 1999, Igor Stomajer offrit une de ses web-créations, b.ALT.ica, à la Moderna Galerija de Ljubljana. Igor Spanjol, le conservateur chargé des arts technologiques, déplore que le musée ne puisse pas entreprendre une collection de new media arts. Cette impossibilité est à mettre sur le compte du Ministère de la Cutlure slovène qui ne fournit que très peu de fonds pour les pratiques contemporaines (nota: l’Etat slovène privilégie les arts traditionnels: peinture et sculpture). D’ici deux ans, Stranjol espère réussir à acquérir Ascii History of Moving Images (2000) de Vuk Cosic.


Notes :

[1] Un Européen sur trois au moins se rend annuellement dans un musée » propos de GUY (J.M.), in Les pratiques culturelles en Europe, Paris, la Documentation française, 1991.

[2] Parmi les premières expositions d’art informatique en Allemagne nous pouvons citer: ‘Computergrafik’ (1967, organisée par M. Krampen, Galerie im Hause Behr, Stuttgart), ‘Computergrafik’ (1967, organisée par M. Krampen, Studio f, Ulm) et ‘Computer-Kunst’ (1969, Kubus Gallery, Hanovre).

[3] Parmi les principales expositions d’art informatique en Europe centrale, nous pouvons mentionner: ‘Computer Graphic’ (1968, House of Art, Brno, Tchécoslovaquie), ’Computer Graphic’ (1968, Gallery, Jihlava, Tchécoslovaquie), ‘Computer Graphic’ (1968, Gallery, Cottwaldov, Tchécoslovaquie) et ‘Tendencje 4’ (1968, Galerije Grada Zagreba, Zagreb, Yougoslavie).

[4] Cf. propos de REICHARDT (Jasia) in le catalogue Cybernetic Serendipity, Londres, 1968, p.68 – reprint in le catalogue Electra, Paris, Musée d’Art Moderne, 1983, p.68.

[5] GOODMAN (Cynthia), Digital Visions Computer and Arts, New York, Everson Museum of Art, 1987, p.38.

[6] L’ARC est une structure qui fut mise en place en 1966 par le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Elle fut initalement dirigée par Pierre Gaudibert. « L’institution a pour locaux ceux du MAMVP, mais son financement et son administration sont indépendants, rattachés directement à la Direction des Beaux-arts. Elle n’a pas de but de conservation, mais d’exposition » (THENEZE, Annabelle, Exposer l’art contemporain à Paris. L’exemple de l’ARC au Musée d’art moderne de la Ville de Paris (1967-1988), thèse soutenue en 2004 à l’Ecole des Chartes, Paris – Résumé de l’étude: http://theses.enc.sorbonne.fr/document143.html).

[7] L’exposition eut lieu du 10 décembre 1983 au 5 février 1984. Elle fut conçue par Marie-Odile Briot et Frank Popper. Elle reçut le soutien des chercheurs de Paris VIII: Edmond Couchot, Jean-Louis Boissier et Dominique Belloir.

[8] Cat. Electra, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 1983, p.62.

[9] Ibid. p.77.

[10] Les quatre œuvres correspondent aux quatre prix attribués lors du concours: Cyber Tattoo des Allemands Micz Flor et Florian Claue (prix de dix mille marks), Refugee Republic du Germano-Américain Ingo Guenther (cinq mille marks), Intima 0.html du Slovène Igor Stromajer (trois mille marks) et Order a Theft de l’Americano-autichienne Christine Meierhofer (prix symbolique).

[11] Le ZKM (acronyme allemand de ‘Zentrum fûr Kunst und Technologie’) est un énorme complexe muséologique, de plus de quarante mille mètres carrés, situé à Karlsruhe. Depuis 1997, il est composé de deux bâtiments juxtaposés (le ZKM Museum for Contemporary Art et le ZKM Media Museum). Sa mission première est de lier des formes ‘traditionnelles’ (peinture, sculpture, design graphique…) à des initiatives utilisant des médiums plus contemporains (photographie, holographie, vidéo, installations multimédias, immersives…). Pour plus d’informations, cf. http://www.zkm.de/

[12] Cf. le site du ZKM_Institute for Net Development:
http://on1.zkm.de/zkm/e/institute/netzentwicklung/

[13] Page inaccessible [màj 20/07/2016]

[14] La Collection est accessible au: http://netzspannung.org/netzkollektor/

[15] Le C3 est un espace expérimental résultant de l’union de la Soros Foundation et de la MATÁV (Réseau des télécommunications en Hongrie). Il est dirigé par Miklos Peternak, un historien de l’art spécialisé dans les new media arts. Pour plus d’informations, cf. http://www.c3.hu/


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DEA – Une initiative paneuropéenne: Virtual Centre Media Net (VCMN)

<<< La situation en Europe

A – Une initiative paneuropéenne: Virtual Centre Media Net (VCMN)

Depuis 2000, six fondations culturelles tentent d’unir leurs efforts pour construire une cyber plateforme paneuropéenne: le CICV Pierre Schaeffer (Hérimoncourt, France), l’European Media Art Festival (Osnabrück, Allemagne), laFoundation for Art and Creative Technology (Liverpool, Angleterre), le KIBLA (Maribor, Slovénie), la Student Computer Art Society (Sofia, Bulgarie) et le DEPAS (Spetses, Grèce). Ponctuellement, elles bénéficient du soutien de l’International Center for Contemporary Arts (Bucarest, Roumanie), du V2 (Amsterdam, Pays-Bas), de la Fondation Axis (Amsterdam) et du Zo (Catane, Italie).

Grâce à l’aide financière offerte par la Commission Européenne (dans le cadre du programme ‘Culture 2000’), le VCMN put officiellement démarrer ses activités le 1er juin 2002. Nota: pour assurer son fonctionnement, son développement et sa promotion (jusqu’au 30 mai 2004), le VCMN reçut une subvention de 493’277 euros [1]. Lorsque la date fatidique sera passée, le centre aura besoin de trouver de nouveaux fonds.

Le VCMN mène principalement des activités de commissariat d’expositions, d’édition et de recherches avec différentes universités. Il a également comme objectif de constituer une collection permanente de new media arts (et plus particulièrement de Web-art). Ponctuellement, une commission d’experts (constituée de responsables de chaque institution) sélectionne des œuvres (imaginées soit directement pour le centre, soit pour un de ses membres).


A.1 – La collection

Entre 2002 et 2003, la plateforme réussit à acquérir une collection préalablement formée ainsi qu’à commissionner une web-création. Toutes ces œuvres ont un point commun: elles traitent de la notion de frontière entre le monde de l’art et celui de l’information. Pour les responsables du VCMN, la sphère artistique doit s’immiscer dans le monde de la haute technologie. Cela, afin de trouver une « résonance culturelle plus large et d’identifier la contribution culturelle d’un mouvement qui, par certains côtés, est en désaccord avec l’idée même d’un monde d’art [2]. »

Lors de l’exposition ‘Kingdom of Piracy <KOP>’ (du 22 février au 27 mars 2003 au FACT, Liverpool), le VCMN acquit l’intégralité des travaux exposés. L’ensemble KOP est un ‘open workspace’ regroupant quatorze web-créations et trois textes axés autour de la thématique du libre partage d’informations [3] (nota: ceux-ci prônent des procédés proches de ceux de la piraterie informatique).

Toujours dans le cadre de cette exposition, le VCMN profita de l’aide financière de ‘Culture 2000’ pour commissionner Burn [4], une web-installation de l’artiste américaine (d’origine taïwanaise) Shu Lea Cheang. Cette expérience nous fait prendre conscience des nouvelles possibilités offertes pas le peer-to-peer (P2P). Malgré son statut de « pratique culturelle commune dans l’âge de la reproduction digitale [5] », le P2P a mauvaise presse (essentiellement à cause de ses excès entraînant de colossales pertes dans le régime du droit d’auteur). Pour contrecarrer cette réputation et montrer comment le procédé pouvait être utile aux internautes, l’artiste monta une bibliothèque de fichiers MP3 libres de droits (nota: chaque musicien peut faire une demande pour y adjoindre ses propres compositions), puis créa une interface didactique sur le Net. Par le biais de celle-ci, l’internaute peut choisir des morceaux, créer sa propre compilation, puis s’il le désire la télécharger et la graver sur un CD. L’œuvre appelle des liens de complicité et questionne l’internaute sur la piraterie. Depuis son lancement, l’œuvre obtient un énorme succès: elle fut notamment montrée au Whitney Museum ainsi qu’à la cinquantième Biennale de Venise.


A.2 – Le statut des œuvres

Lorsqu’une web-création est intégrée à la collection du VCMN, celle-ci est automatiquement sauvegardée (sur CD-Rom et DVD-Rom) et est conservée dans la base de données du centre. Le VCMN n’a pas le droit de l’altérer ou de la supprimer. Il ne se réserve que le droit de modifier (ou de raccourcir) les notes explicatives fournies pas l’artiste.

Pour les productions numériques (photographies et vidéos), les artistes gardent les droits moraux et restent responsables du contenu de leurs œuvres (notamment vis-à-vis d’un éventuel  tiers). Pour les web-créations, l’issue est légèrement différente. La plupart des web-artistes exploitent des freewares et par conséquent sont moins soumis aux licences et copyrights.

Les responsables sont conscients que les artistes cherchent au maximum à diffuser leurs œuvres (leurs projets sont souvent accessibles à partir de nombreux sites) et semblent parfaitement bien s’accommoder de cette ‘nouvelle philosophie’ (terme de Mme Daphne Dragona).

Le VCMN est obligé de conserver les œuvres hébergées et doit assurer le bon fonctionnement technique du website (il a notamment le devoir de mettre à jour les différents standards techniques pour éviter l’obsolescence des sites).


Notes :

[1] Cf. le rapport « Culture 2000 – exercise 2002 – 17 Multi annual co-operation projects supported in the field of Visual Arts », 11 décembre 2003.

[2] Site du VCMN – rubrique ‘VCM.NET Collection – Presenting the projects Kop – Dive – Burn’.

[3] Le site fut lancé en 2001 à Taïwan et fut présenté lors d’ ‘Ars Electronica 2002’.

[4] L’œuvre est n’est plus accessible [màj 25/07/2016]

[5] Cf. les commentaires sur l’œuvre dans la rubrique ‘about’ du site.


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DEA – Espagne

<<< Le Virtual Centre Media Net

B – Espagne

Introduction

Dans les années quatre-vingt-dix, l’Espagne vit son marché de l’art décliner et décida de réagir. L’Etat interventionniste réforma le système d’enseignement artistique – jugé trop traditionnel [1] – et tenta de promouvoir les new media arts(tout comme l’essentiel des pratiques artistiques contemporaines [2]) en mettant en place des festivals et des départements muséaux spécifiques.

Concernant le Web-art, l’Etat n’intervint que très tardivement. En 2003, le Ministère de l’Art et de la Technologie (en collaboration avec la Fondation ARCO [3]) organisa le concours ‘1st Science, Art and Technology Award ARANEUM’. A travers l’un des deux prix (l’autre étant consacré à le recherche scientifique), l’Etat montra son désir de développer la production artistique ainsi que la critique du Web-art. Cet élan étatique tardif est certainement à percevoir comme un sursaut face au manque d’engouement et d’initiative des institutions espagnoles. En 2001, le Musée National de la Reina Sofia se vit offrir deux web-créations suite à un concours, mais ne profita pas de l’occasion pour entreprendre une politique d’acquisition. Après des débuts très prometteurs (dix acquisitions entre 1999-2000), le MECAD semble lui aussi avoir totalement délaissé le Web-art. A l’heure actuelle, seul le MACBA tente d’acquérir des web-créations (malgré des difficultés économiques et idéologiques).

La position des institutions vis-à-vis du Web-art peut paraître paradoxale, puisque l’Espagne possède de nombreux atouts pour faciliter son développement. D’une part, elle peut se vanter de bénéficier de la présence de quelques cyberartistes très appréciés sur la scène internationale: Jodi,  Muntadas, Ricardo Echevarría, Daniel García Andújar… D’autre part, elle forme de nombreux spécialistes (artistes et théoriciens) ; à titre d’exemple, nous pouvons citer l’Escola Superior de Disseny (Barcelone) qui, depuis 1998, assure un cycle universitaire – un master et un post-diplôme – portant sur la pratique curatoriale des new media arts.


Notes :

[1] Cf. GIANNETTI (Claudia), « Creación, educación y nuevas tecnologías », texte prononcé lors de ‘Mesas redondas: Comunidades Autónomas y MECD’, 16 décembre 2001, Madrid, Facultad de CC. de la Información de la UCM).
http://www.cnice.mecd.es/cinternet-educacion/documentacion/general/mesas/resumenes/texto7_cg.html

[2] Pour plus d’informations sur la politique de l’état espagnol vis-à-vis des new média arts, cf. BREA (José Luis), « Spanish New Media », in Rhizome, New York, 14 novembre 1997.

[3] Le projet retenu en janvier 2004 fut Umbrella de Jonah Brucker-Cohen and Katherine Moriwaki. Les artistes – qui reçurent la très importante récompense de vingt mille euros – devraient rendre le site accessible au public en décembre 2004.


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DEA – Museo National Centro de Arte Reina Sofia

<<< Espagne : l’échec muséal vis-à-vis du Web-Art

B.1 – Museo National Centro de Arte Reina Sofia

Le Museo National Centro de Arte Reina Sofia (MNCARS, Madrid) est internationalement apprécié pour sa collection d’art espagnol (de la fin du dix-neuvième siècle à la seconde guerre mondiale), ainsi que pour ses chefs d’œuvre des avant-gardes européennes (Retrato de Josette de Juan Gris, Guernica de Picasso, Hombre con pipa de Joan Miró, El gran masturbador de Salvador Dalí…).

Si elle reste encore méconnue, la collection d’art actuel est toutefois remarquable. Nous pouvons y découvrir des œuvres d’artistes ‘traditionnels’ – Jean Fabre, Anish Kapoor, Gerhard Richter, Miquel Barceló… – ainsi que de plasticiens exploitant des technologies plus récentes (Jean-Marc Bustamente, Andreas Gursky, de nombreux vidéastes: Ana Laura Aláez, Jordi Colommer, Carles Congost, Susy Gómez, Liliana Porter). En 2001, le MNCARS se vit offrir deux web-créations par l’Unidad Editorial [1].


B.1.1 – Le concours

En 2001, le Journal El Mundo lança les ‘El Mundo Net-Art Awards’, un concours destiné à « stimuler les nouvelles créations et [à] encourager ceux qui croient dans l’art créé pour et sur le Net [2]. »  Deux prix furent alors imaginés:

1°) le ‘EL MUNDO Award to be the best Net-Art work’: distinction,  richement dotée de dix mille euros, résultant du choix d’un jury compétent composé de: Christine van Assche (conservatrice du Département des Nouveaux Médias du Centre Georges Pompidou), José Jiménez (professeur d’Esthétique à l’Université Autonome de Madrid), Benjamin Weil (conservateur du département du Média Art du SFMoMA) et Vicente Matallana (représentant de l’UNEDISA-EL MUNDO).

Cette récompense fut attribuée à Igor Stromajer [3] pour le site What was he thinking about? berlin? praha? ljubljana? skopje? Cette web-création est un ‘environnement virtuel émotionnel’ (terme de l’artiste), une hypermédiature amphigourique. L’internaute est invité à ouvrir – de manière hasardeuse – des fenêtres grises pour découvrir d’inhabituelles animations (effet de loupe mobile, travelling de pop-up clignotantes…).

2°) le ‘EL MUNDO Navigator’s Award to the best Net-Art work’ (prix doté de deux mille cinq cents euros). Cette récompense – à la différence de la première citée – fut attribuée à la suite du vote des internautes.  Elle fut décernée à Cristina Casanova et Sergi Jorda pour leur opéra interactif Don Quijote en Barcelona.

Cent six œuvres furent reçues et évaluées [4] (une seule par artiste fut acceptée). Seules les œuvres relevant du Net-Art furent acceptées (c’est-à-dire celles « créées spécifiquement pour le Net […] utilisant Internet comme un moyen de création et de diffusion »). Les deux œuvres récompensées furent intégrées à la collection.


B.1.2 – Situation actuelle

Comme cela fut indiqué dans le règlement du concours [5], le MNCARS dispose des droits d’exposition et d’archivage sur les deux œuvres retenues.

Il est regrettable que le musée ne profita pas de l’occasion pour se lancer dans la course à l’art virtuel. En février 2004, Oscar Munoz, conservateur au Musée National, m’indiqua qu’il n’était pour l’instant pas question de créer une galerie virtuelle.


Notes :

[1] Cette maison d’édition possède entre autre le second quotidien national: El Mundo.

[2] Cf. le règlement du concours:
http://alcazaba.elmundo.es/netart/netarten/basesobrasr.htm

[3] Igor Stromajer (né en 1957 en Slovénie): Son travail est essentiellement axé autour d’Internet et de la communication. Il a participé à de nombreuses rencontres internationales en Europe et en Amérique. Certaines de ses web-créations ont été acquises par des musées (Centre Pompidou, Hamburger Kunsthalle, Slovene Museum of Contemporary Arts de Ljubljana).

[4] Cf. la liste des œuvres reçues [Màj 07/2016 : le lien ne fonctionne plus]

[5] Cf. le règlement du concours:
http://alcazaba.elmundo.es/netart/netarten/basesobrasr.htm


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DEA – Museu d’Art Contemporani de Barcelona

<<< Museo National Centro de Arte Reina Sofia

B.2 – Museu d’Art Contemporani de Barcelona

Le Museu d’Art Contemporani de Barcelona (MACBA) est un musée très récent – inauguré en novembre 1995 [1] – résultant du changement d’orientation opéré par la municipalité de Barcelone (nota: depuis deux décennies, la métropole délaisse son secteur industriel, se tourne vers l’économie tertiaire et tente de se faire reconnaître internationalement [2]). Il fut envisagé comme une poursuite du MNAC (possédant une collection allant de l’art roman jusqu’à 1950). Il est le fruit du regroupement de trois collections d’art du vingtième siècle, celles: du Gouvernement Catalan (environ un millier d’œuvres: Miro, Beuys, Pistolletto, Tapies…), du Barcelona Council (des œuvres plus récentes de Susana Solano, Jaume Plensa…) et de la Museu d’Art Contemporani de Barcelona Foundation (environ deux cents œuvres: Broodthaers, Merz, Manzoni, Long…[3]).

A ses débuts, le MACBA connut d’importantes difficultés (et rivalités internes) quant aux choix des acquisitions et à la présentation cohérente l’ensemble. Pour y palier, le consortium décida, en 1998, de laisser les deux collectivités publiques s’occuper du fonctionnement du musée et de laisser à la Fondation le soin de former une collection propre à l’institution. Actuellement, cette dernière mène une politique d’acquisition relativement active ; l’année dernière, elle a entre autre acheté des films de Vito Acconci (années soixante-dix) et de Bruce Nauman (fin des années soixante – début des années soixante-dix), ainsi que des dessins de Raymond Petitbon (années quatre-vingt).

Depuis 1996, le MACBA s’acharne – malgré de nombreuses difficultés (tant idéologiques que financières) – à mettre en avant le Web-art. Actuellement, il tente de redémarrer sa politique d’acquisition (programme ‘Espai.D’).


B.2.1 – Première initiative: ‘MACBA En linia’

En avril 1995, Narcis et Roc Parès [4] (co-fondateurs de l’équipe ‘Galeria Virtual’) proposèrent au MACBA, à l’UPF (Universitat Pompeu Fabra) et à l’IUA (Institut Universitari de l’Audiovisual) de co-créer un website commun. Il en résulta un espace technoculturel intitulé « MACBA En linia »  (officiellement mis en ligne le 16 juillet 1996).

‘MACBA en linia [5]’ fut initialement orienté vers l’exploration des nouvelles possibilités artistiques (il ne fut pas conçu comme un outil d’institutionnalisation du Web-art). L’idée générale était de « faciliter la recherche et la production (par opposition à une approche ‘patrimoniale’ d’élaboration de collection [6] »). Trois grands axes furent mis en avant: la recherche, la production expérimentale ainsi que la ‘réactivation’ de l’art contemporain par le biais du Web.

Une des grandes entreprises de ‘MACBA En linia’ fut la production de Sisyphus [7] d’Antoni Abad (site réalisé en partenariat avec le musée de Wellington, Nouvelle-Zélande). Cette œuvre nous montrait un homme torse nu s’efforçant de tirer de son côté une corde (nota: selon si nous nous connections sur le site de Barcelone ou sur celui de Wellington, l’homme tirait la corde vers la gauche ou vers la droite). Par le biais de cette métaphore, l’artiste voulut nous faire percevoir le caractère répétitif de la  recherche sur Internet et voulut soulever la question de la difficile communication entre les internautes.

Malgré le fort succès de cette initiative, le programme ‘MACBA En linia’ fut malheureusement assez vite clos à cause d’une crise interne au musée. Lorsque Miquel Molins [8] quitta ses fonctions de directeur du MACBA, le musée enclencha un processus de restructuration. A ce moment là, certains responsables ne comprirent pas l’intérêt porté à l’expérimentation dans le champ du Web-art et souhaitèrent disposer d’un site plus informatif (le musée venait d’ouvrir ses portes au public). Les contrats de partenariat avec la faculté furent alors bloqués jusqu’à ce qu’un nouveau conservateur fût nommé. Lorsque Manolo Borja-Villel prit la relève quelques mois plus tard, ‘MACBA En linia’ fut totalement oublié et cinq web-créations restèrent inachevées.


 B.2.2 – Deux commissions en parallèle d’exposition (2002 et 2003)

En 2002, le MACBA commissionna un nouveau website artistique à l’occasion de l’exposition ‘On Translation’ (exclusivement consacrée aux créations architecturales, médiatiques, urbaines et muséales de Muntadas [9]). L’œuvre – intitulée On Translation: Web [10] – fut designée par Ricardo Iglesias et reprend des concepts préalablement développés par Muntadas. Contrairement à ce que nous pourrions dans un premier temps supposer, il ne s’agit pas ici d’une banale expositiononline d’éléments préexistants (photographies, vidéos…) mais d’une interprétation. Pour chaque œuvre montrée dans l’exposition, Ricardo Iglesias souhaita nous donner les explications de Muntadas, puis nous fournir une interprétation visuelle spécifiquement réalisée pour le Web.

En 2003, le MACBA invita Dora Garcia [11] à produire une webcréation dans le cadre de l’exposition ‘El Reino. Una Novela para un Museo [12]’ (‘Le royaume. Une nouvelle pour un musée’). L’artiste accrocha des webcams à différents endroits du musée et créa une interface sur le Web pour que les internautes puissent observer ses performances en direct. La série de performance fut envisagée comme une nouvelle dont les acteurs étaient  les personnes présentes dans le musée (artiste, personnel et public).


B.2.3 – Le programme actuel  « Espai.D » (depuis novembre 2003)

En 2003, Roberta Bosco et Stefano Caldana furent appelés par le MACBA pour concevoir un nouveau website doté d’un espace dédié au Net-Art. Cette zone hybride – nommée « Espai.D [13] »  – fut conçue avec l’intention de permettre au musée de développer des web-projets pratiques et théoriques. Selon Jorge Ribalta, responsable des Relations avec le Public, Espai.D n’est pas à envisager « comme un espace purement ‘exhibitoire’  mais comme une articulation complexe d’œuvres, de textes et d’autres ressources relatifs aux champs intéressants le musée [14]. » Toujours selon lui, Espai.D doit permettre d’entamer une mémoire critique des usages d’Internet (vu comme un lieu d’expérimentation artistique et de construction discursive).

La responsabilité de l’Espai.D doit annuellement être confiée à un commissaire invité. En février 2004, le musée était en pourparlers avec Roberta Bosco sur le programme du premier cycle. Actuellement, ne sont visibles sur le site que les deux anciens projets ainsi qu’une section ‘archives’ (non mise à jour – constat le 1er avril 2004). De nouvelles sections semblent être en cours de préparation (nota: l’Espai.D est conçu comme un laboratoire qui s’étoffe en fonction de ses besoins et de ses recherches).

Depuis son inauguration (le 14 novembre 2003), le site souffre malheureusement de problèmes financiers. Selon Roc Parès, le musée décida dans un premier temps de n’accorder que très peu de crédits à ce département.


Notes :

[1] Pour plus d’informations sur les origines du MACBA, cf. la section ‘Museum History’ du site du musée.

[2] Le MACBA est l’un des derniers bâtiments emblématiques de l’Espagne moderne (celle des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992…).

[3] La Fondation fut créée en 1987 pour activement contribuer à la création et au développement du MACBA. Elle est essentiellement dirigée par trente-huit patrons et trente-trois entreprises.

[4] Diplômé des Beaux-Arts de Barcelone (1992), Roc Pares devint en 1993 le directeur de la Galeria Virtual et travailla sur les nouvelles possibilités offertes par la Réalité Virtuelle.

[5] Cf. la présentation de MACBA en linia à ‘ISEA96’ (Amsterdam) et au Museum Computer Network Symposium (Ottawa), reprint in Annexes pp.80-81.

[6] Correspondance avec Roc Pares (email daté du 30 janvier 2004).

[7] [Màj 07/2016 : le lien ne fonctionne plus]

[8] N’arrivant ni à organiser l’ensemble des collections, ni à gérer les discordes entre les trois organisations, Miquel Molins (ancien professeur d’histoire de l’art à Barcelone) fut demis de ses fonctions par le Conseil d’administration du MACBA.

[9] L’exposition eut lieu au MACBA du 29 novembre 2002 au 9 février 2003. Commissaire d’exposition: José Lebrero Stals.

[10] Œuvre visible au: http://www.macba.es/muntadas/Muntadas.html

[11] Dora Garcia (née en 1965): Vit à Amsterdam, Bruxelles et Madrid. Elle est essentiellement reconnue dans les domaines suivant: photographie, installation, sculpture, performance, vidéo, sound art et net-art. Son travail a souvent trait à l’intégration de l’individu dans la société.

[12] L’exposition eut lieu au MACBA en mars 2003 – pour plus d’informations, cf. http://www.macba.es/elreino/

[13] [Màj 07/2016 : le lien ne fonctionne plus]

[14] Renseignements donnés par M. Ribalta, par mail, le 9 février 2004.


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