Magda Danysz – Show off 2006

Le salon des découvreurs de talents

Tenu sur les trois niveaux de l’Espace Pierre Cardin, le Salon « Show-off » constitue l’un des trois grands événements d’art contemporain stricto sensu, créés en marge de la Fiac. L’une de ses organisatrices, la galeriste parisienne Magda Danysz, s’exprime sur ses intentions ainsi que sur son appréhension des foires.

J-D. B. : La foire « Show off » a été fondée par une poignée de collectionneurs et de galeristes assez bien ancrés dans le paysage artistique parisien. Comment ce projet a-t-il pris forme ?

Magda Danysz : L’idée de rassemblement de galeries a germé ces deux dernières années entre Vanessa Quang (qui participe activement à de nombreux événements), les galeristes des Filles du Calvaire (qui ont notamment monté « Paris Brooklyn ») et moi-même (qui ait proposé, l’année dernière, une opération de papiers cadeaux au Carrousel du Louvre…). Il s’agissait de gros projets passionnants, qui nous ont permis de prendre conscience que nous n’étions que de petites structures isolées.

Concernant Show off à proprement parler, nous avions envisagé, avec humour, que si nous étions recalés à la Fiac, nous pourrions monter un évènement en commun. Début juin, suite à la publication de la première liste des admis (sur laquelle nous ne figurions pas), nous nous sommes réunis dans un café et avons décidé d’entreprendre notre projet à cinq galeristes et un collectionneur (vite rejoint par deux autres). Dès le lendemain, nous avons contacté des galeristes que nous connaissions de près ou de loin (pas forcément des amis) et dont nous apprécions le travail ; c’est-à-dire leurs artistes mais également leur envie de partage. Très rapidement, notre initiative a rencontré un franc succès et, faute de place, nous avons même du procéder à des choix parmi nos invités. En trois semaines, nous avons également reçu une centaine de candidatures spontanées, que nous n’avons pas pu accepter…. Au final, nous formons un « club » de vingt-huit galeries européennes (Allemagne, Benelux, France, Italie et Suisse), mais également américaines, canadiennes et cubaines.

Peut-on parler de Salon des Refusés ? Comment vous démarquez-vous de la Fiac?

J’aimerais bien que « Show off » soit un moment de découvertes aussi palpitant que le Salon des Refusés de 1900, mais cela serait, sans doute, trop prétentieux. Nous souhaitons prioritairement proposer une alternative au modèle existant de salons, devenus de véritables supermarchés de l’art. Et ce, à deux niveaux.

Tout d’abord, en terme de contenu, d’œuvres. A titre personnel, mon activité s’inscrit mal au sein des grandes foires qui montrent le marché tel qu’il est. Lorsque j’en prépare une, les organisateurs hésitent parfois à m’accepter car ils ne connaissent forcément pas mes artistes qui ne sont pas « méga-côtés » sur le marché et qui sont peu présents dans les livres. Je ne fais pas de second marché, je ne présente pas d’art moderne. Par contre, en découvreuse de talents, j’assure la promotion d’artistes, je produis leurs pièces… C’est la même chose pour les autres exposants de Show off.

D’autre part, nous souhaitons apporter une alternative formelle. Contrairement à ce que pense le public, la participation à un salon est généralement très tendue et relève le plus souvent de l’épreuve de force. Nous avons l’impression d’attendre le chaland, le contact avec le visiteur est toujours trop bref et le climat n’est guère propice à la promotion des artistes (nous avons souvent envie de montrer d’autres œuvres, de parler de l’artiste… mais le cadre ne s’y prête guère). Pour « Show Off », nous avons décidé de créer des moments conviviaux afin de transmettre autrement : nous avons prévu trois espaces de restauration pour pouvoir nous éloigner des stands, nous asseoir, et discuter. Nous organisons également des petits déjeuners, dont certains seront ouverts au grand public…

Concernant le prix de l’entrée, nous l’avons voulu abordable pour tous : elle sera à cinq euros (elle a même failli être gratuite – finalement, elle ne l’est que pour les moins de dix-huit ans et les étudiants en art). Nous sommes réunis dans une association à but non lucratif et nous voulons que les gens qui veuillent découvrir l’art contemporain puissent facilement le faire ; cette mission nous semble prioritaire sur les simples bénéfices financiers.

Quels médiums ont particulièrement été mis en valeur par les galeristes ? Et, à titre personnel, qu’avez-vous choisi de présenter sur votre stand ?

Nous avons demandé à nos exposants de mettre de tout, d’équilibrer les médiums : photographie, installation, peinture…. La vidéo et la performance seront très présentes dans le show room. Nous plantons des graines, en espérant progressivement éveiller les consciences.

De mon côté, j’ai opté pour une exposition thématique. Je présenterai, dès l’entrée, un peu de street-art (tant qu’on me demandera si c’est de l’art, j’en mettrai), de l’art numérique (La Map, une œuvre interactive et ludique d’Ultralab www), ainsi que des œuvres susceptibles de paraître plus conventionnelles du fait de leur support (des dessins, photographies…).

Proposez-vous des originalités au niveau de l’accrochage ?

Dès lors que l’on s’occupe d’un salon, il n’est pas simple de contenter tout le monde. Nous avons donc opté pour un mode d’accrochage particulièrement simple. Cette idée a été confortée par des discussions avec des collectionneurs qui nous ont prévenus que des scénographies trop complexes risquaient de noyer les œuvres.

Au sous-sol de l’Espace Cardin, nous avons la chance de disposer d’une petite salle de cinéma privée avec une scène et cinquante fauteuils rouges. Nous y présenterons quelques performances et différents programmes vidéos : notamment une carte blanche offerte à cinq curateurs internationaux, un ensemble de vidéos prêtées par des collectionneurs (une manière de répondre aux gens qui nous demandent souvent qui achète des enregistrements et pourquoi), ainsi que différents films d’artistes que nous représentons.

Quel avenir pour Show-off ? Avez-vous déjà formulé des projets de pérennisation?

Nous souhaitons pérenniser Show Off et ce à deux niveaux : d’une part, en continuant à travailler ensemble et d’autre part, en organisant de gros événements en fonction de nos envies, que ce soit à Paris ou ailleurs, sous la forme d’un salon ou autre. Pourquoi pas, par exemple, un Show off pendant la Biennale de Venise ? Dans ce cas, ce pourrait être une exposition dans un pavillon ; il serait de très mauvais goût que d’y organiser une foire. Pour l’instant, on rêve, on s’amuse.


Article initialement publié sur Fluctuat, 26 octobre 2006

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