Madeleine Peyroux

La chanteuse franco-américaine Madeleine Peyroux vient de sortir un nouvel album intitulé « Standing On The Rooftops ». Actuellement en tournée mondiale, elle ne donnera cet été qu’un seul concert en France, le 5 juillet au Trianon.


Quelles sont vos principales influences musicales ?

Je dirais que mes influences sont celles des femmes du blues et du jazz comme Betty Smith, Billy Holliday et Diane Washington. Des femmes qui avaient des influences non seulement dans la musique mais aussi dans la société. Le contexte était important à cette époque là. Maintenant, je recherche peut être plus des femmes dans le monde actuel pour voir ce que nous sommes en train de créer, en tant que femmes, en tant que personnes qui se font entendre, écouter. C’est ce qui m’a toujours intéressé.

Avec ce nouvel album, vous essayez de vous libérer de la combinaison voix-guitare que vous pratiquiez depuis vos débuts…

La guitare est un excellent instrument de repère, un instrument pour se retrouver dans la musique, explorer les harmonies, les accords. Mais c’est plus intéressant d’être entouré de musiciens. Là, je voulais être la chanteuse et voir ce que cela donnerait avec des musiciens.

Vous avez collaboré avec plusieurs artistes dont Bill Wyman, l’ex-bassiste des Rolling Stones. Pouvez-vous nous dire ce que vous a apporté cette collaboration ?

Bill Wyman est un monsieur qui a vécu beaucoup de choses et qui a connu une vie tout à fait différente de celle qui a maintenant. Il a connu la vie d’une énorme star, et actuellement, il a une vie simple, normale. Je pense que c’est celle qu’il a choisie. Il était intéressant d’écouter quelqu’un comme lui, découvrir ses expériences, ce qui reste finalement important à ses yeux. Actuellement, c’est la famille, les enfants, sa femme, comprendre les personnes qui lui sont le plus proches. Le monde reste une possibilité, un endroit où on peut chercher l’art et la beauté. Il a beaucoup de hobbys : la photographie, l’écriture… Il continue à enregistrer, il garde la passion dans la vie est rappelle de ce qui est important.  On s’est bien amusé pendant une semaine à parler de ce qui compte dans les chansons, à polir les paroles. On s’est régalés. On a tous les deux une approche simple vis-à-vis de la musique et du travail.

L’album commence par une reprise de Martha My Dear des Beatles. Il me semble qu’il s’agit d’une demande de Paul McCartney, effectuée à l’une de ses ex, pour ne pas qu’elle l’oublie… Pourquoi avez-vous choisi cette chanson ?

J’ai entendu parler de ces hypothèses sur cette chanson, mais je ne suis pas sûre que le propos soit très clair. Cette chanson me semble très importante, j’adore sa structure, couplée avec l’arrangement. Les paroles ont un sens assez vague, sans doute double… C’est une musique un peu baroque dans l’arrangement, qui a une forme et une structure assez pop, et rock’n’roll. Je trouvais que c’était bien lié aux chansons que j’écrivais. Sur cet album, j’avais l’idée de mélanger des sons, ce qui part du groove, et qui continue avec des couleurs, des atmosphères, des humeurs de tons.

Vous avez également repris I threw it all away, une chanson de Bob Dylan. Pourquoi ce titre ?

Pourquoi pas ? C’est l’un des écrivains les plus importants dans la musique pop. Il parlait d’histoires d’amour et de rancune, en voyant les deux côtés de la chose. C’est à la fois joyeux et mélancolique. Pour moi, c’est ça la condition humaine.

Votre album a été produit par Craig Street, qui travaille à Norah Jones et de nombreuses autres stars. Dans quelles conditions cet album a-t-il été enregistré?

Nous étions à New York, je voulais absolument y être. C’est moi qui ait financé l’album, et il y avait pas mal de limites à cause de ça. A New York, je savais qu’il y avait les musiciens avec lesquels je souhaitais enregistrer et c’était plus simple de tous les regrouper là-bas. J’ai enregistré dans un studio qui existe depuis une trentaine d’années, une salle qui n’est pas énorme mais dans laquelle tout le monde est regroupé. Nous avons enregistré l’album en seulement quatre jours, et j’ai passé un peu de temps dans plusieurs studios new-yorkais pour faire des rajouts, des overdubs (des ajouts sur ce qui est déjà enregistré).

Le public parisien pourra bientôt vous écouter au Trianon le 5 juillet…

J’ai joué au Trianon quand je suis venue en France avec mon premier album, il y a quinze ans déjà. On m’a dit que le Trianon avait beaucoup changé, donc on va voir ça…  J’ai hâte de faire un concert assez intime.

Assez intime ? Qu’est ce que cela veut dire pour vous ?

Cela veut dire qu’il doit y avoir une certaine proximité avec l’audience, pour ressentir les choses. Je souhaite entendre respirer mon public.


Article initialement publié sur Artistikrezo.com, 29 juin 2011

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