John Maeda – Fondation Cartier pour l’Art contemporain

Fondation Cartier pour l’Art contemporain, du 19 novembre 2005 au 19 février 2006

Instigateur émérite du design numérique et virtuose du code de création, John Maeda n’a jamais désavoué ses convictions humanistes, ni son inclination à la simplicité. Bref portrait de ce fin technologue, à l’occasion de son exposition personnelle à la Fondation Cartier.

Né en 1966 à Seattle dans une modeste famille d’immigrés japonais, John Maeda entreprend patiemment un savant double cursus ; il obtient consécutivement un diplôme d’ingénieur en mathématique et programmation au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), puis, en 1992, un doctorat d’art et de design à l’Université de Tsukuba (Japon).


Prodige du code de création

A l’encontre de ses pairs, le jeune graphiste cesse prestement d’aborder l’ordinateur comme un outil quelconque, et l’envisage comme un médium à part entière, un « matériau d’expression ». Il ne se contente pas de répéter des gestes conditionnés sur des interfaces logicielles – singeant tout autant le papier que les traditionnels instruments de dessin – mais se pose en artisan impliqué, en programmeur d’inaccoutumés modèles algorithmiques.

Tant inspirées du suprématisme russe que des prémices de l’art informatique (les œuvres de Frieder Nake, Michael Noll, Charles Csuri…), ses premières créations sont abstraites et minimales. Généralement leucographiques, elles exploitent des notions scientifiques – variations infinies, chaos, etc. – et abordent une dimension jusqu’alors mésestimée, la temporalité.

A partir de 1994, ses expériences font la part belle à la typographie ; un système de représentation plus familier et donc apte à séduire un public élargi. Tout comme Paul Rand – dessinateur des logotypes d’ABC, IBM, UPS… – et Jan Tschichold, Maeda s’obstine à révéler l’inhérente nature technologique des lettres et réfléchit à différents moyens de dynamiser nos lectures. En résultent divers jaillissements acrobatiques et danses de caractères fort ludiques, généralement réactifs aux actions de la main sur le clavier ou la souris.


Pédagogue hors norme

A vingt-neuf ans, Maeda quitte le Japon pour enseigner la typographie et le design d’interfaces graphiques au MIT. Le franc succès de ses cours lui permet d’accéder, trois ans plus tard, à la direction de l’Aesthetics and Computation Group et d’entreprendre d’ambitieux programmes de recherche expérimentale tels que « Design by numbers » (2002). Destiné à l’apprentissage simplifié du web design, ce langage s’érige en alternative à la fastidieuse programmation axée sur les mathématiques ; une perspective qui incitera, par la suite, deux de ses étudiants à développer l’environnement Processing.

Depuis 2003, Maeda gère le Physical Language Workshop, un laboratoire expérimentant de nouveaux environnements pour les services émergents sur le Web (e-commerce, éducation à distance…).

Son étude actuelle, « Simplicity » (lancée en janvier 2005), découle d’une prise de conscience : la technologie doit s’adapter à l’humain, et non l’inverse. Réévaluant le traitement de l’information, l’enseignant stigmatise les excès de la sophistication et simplifie délibérément les interfaces (principe du « less-tech »). Son défi : forger des technologies plus proches des sensations humaines afin d’éviter toute frustration et désenchantement. Une phase essentielle avant de se lancer dans le post-numérique : une ère dans laquelle les ordinateurs transgresseront les raisonnements binaires – surmonteront les pièges des équivoques, des inexactitudes – et deviendront aussi « analogiques » que leurs concepteurs.


Article initialement publié sur Fluctuat le 15 janvier 2006

Pour en savoir plus sur John Maeda : le bureau de John Maeda – sélection de sites

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