Jocelyn Wolff – Dc Duesseldorf Contemporary 2007

Tenue en parallèle d’ArtCologne, la première édition de la foire Dc Duesseldorf Contemporary a séduit une pléthore de galeries d’art contemporain de renom et attisé la curiosité de nombreux collectionneurs. Rencontre avec Jocelyn Wolff, exposant et membre du board de conseil.

J-D. B. : Pouvez-vous nous expliquer dans quel contexte a été organisée Dc Duesseldorf Contemporary ?

Jocelyn Wolff : Dc est une initiative locale qui s’appuie sur un board de commissaires (*). Celui-ci s’est rapproché du groupe Gruner+Jahr pour l’aspect logistique et a édicté une liste de galeries potentielles qui seraient, si elles l’acceptaient, admises d’office. L’idée était de créer une foire puissante en Allemagne, dans un climat très concurrentiel, où aucune n’arrive vraiment à émerger.

Pourquoi à Dusseldorf et, simultanément, à ArtCologne ?

Tout comme Cologne, Dusseldorf concentre énormement de richesses. C’est une ville de cinq cent mille habitants qui fait partie de Rheinland, une région abritant un nombre d’institutions et de collections unique en Europe. 
Pour le public international, les deux foires sont tout à fait visitables en deux jours. En parallèle, se tenait également, à ces dates, la Nuit des musées (ndr: l’équivalent de notre Nuit blanche, sans création spécifique). Il y avait des milliers de personnes qui allaient de musée en musée. La foire participait à cet événement populaire et était elle aussi ouverte jusqu’à minuit, le samedi.

Quelles différences a-t-on pu observer entre les deux foires ?

La liste des galeries internationales de Dc était bien meilleure que celle d’ArtCologne, du moins pour le contemporain. A Cologne, il y avait de très bonnes galeries d’art moderne et de très bonnes galeries d’art contemporain, celles de la ville, mais c’est tout. 
Dc a attiré de très grands noms – Franco Nœro, Sonia Rosso, Cristina Guerra (la meilleure galerie du Portugal), Casey Kaplan… – et avait une participation allemande d’un niveau beaucoup plus faible que celle de l’international. D’habitude les foires fonctionnent sur un autre mode : on trouve le top du niveau local et des galeries internationales un peu moins bonnes. Ce parti-pris donnait une coloration assez spécifique d’offres.

Dans quel cadre se tenait la foire ?

Dans un lieu assez neutre, puisqu’il s’agissait d’un hall de parc d’exposition fonctionnel, ennuyeux et moderne mais elle était dotée d’une organisation à l’intérieur vraiment très réussie. Il y avait deux hauteurs de cimaises (certaines allant jusqu’à cinq mètres de hauteur, ce qui mettait en valeur les pièces) et un plan qui – au lieu d’être linéaire, avec une succession de caissons – était beaucoup plus ouvert, ce qui offrait de remarquables perspectives d’ensemble.

Comment a agi le comité de conseil dont vous faisiez partie ?

Le travail du board de conseil était d’expliciter le projet et de le défendre auprés des galeries choisies par les commissaires. Lorsqu’on attaque le très haut niveau, l’activité d’ambassadeur est primordiale… Il faut convaincre les galeries de venir. On construit, on est dans une approche positive, on n’élague pas… On a surtout cherché à former un réseau de galeries intéressées par la construction d’une plateforme en Allemagne sur du neuf.

D’une certaine manière, les participants français constituent une “nouvelle vague” de galeristes. Qu’avez-vous en commun par rapport à vos aînés ?

Dans tout métier, il y a des différences générationnelles mais aussi des liens. Pour moi, les galeristes Nelson et Jennifer Flay ont été des référents très forts. J’aimerais avoir quelque chose à voir avec le travail qu’ils ont entrepris. 
Actuellement, le marché est plus développé et le métier beaucoup plus facile pour les jeunes galeristes. On a plus facilement accès au circuit international que nos aînés (grâce à Internet, au prix des transports) et tout est beaucoup plus ouvert. Peut-être est-on plus à l’aise avec ce système qu’avec le marché national ? On a également appris à travailler avec le champs de l’art actuel : je pense à la figure du commissaire…. Il y a encore beaucoup de nos aînés qui n’ont toujours pas compris quel est son rôle au sein de l’art.

Qu’avez-vous présenté sur votre stand ?

Ma présentation était essentiellement constituée de sculptures, autour d’articulations assez précises. J’ai montré des pièces de Stéphane Calais, Guillaume Leblon, Tina Schultz, l’Autrichien Christoph Weber, Andreas Fogarasi (qui, cette année, représente la Hongrie à la Biennale de Venise) et, derrière une cloison, une vidéo d’Ulrich Polster. Les œuvres fonctionnaient de manière précise les unes avec les autres : un frottage de Tina Schultz faisait écho à un autre de Fugarsi… Je suis très content du projet que j’ai développé là-bas. J’ai pu déployer des pièces, sur soixante mètres carrés, et montrer le savoir-faire de la galerie. Une foire est une vitrine où l’on peut affirmer sa connaissance particulière des œuvres. J’ai réservé cette présentation pour le public allemand qui est très exigent, très éduqué en la matière et qui, depuis longtemps, entretient une tradition d’avant-garde avec l’art contemporain.

Quel a été votre principal coup de cœur ?

Je ne vais pas être original. J’ai beaucoup aimé le stand de Konrad Fischer confrontant une grande pièce de Jim Lamby (un sol avec des rubans adhésifs colorés) avec une autre de Carl André par dessus. J’ai trouvé ce discours de sculptures horizontales très beau, et intéressant.

Avez-vous beaucoup vendu ? Etes-vous satisfait du résultat ?

Non, je n’ai pas beaucoup vendu, mais ce n’est pas le plus important. Les foires sont des médiums, des outils de communication. Elles s’enchaînent et nous permettent d’annoncer ce qu’on va faire plus tard. Derrière, il y a souvent des enjeux de visibilité auprès des commissaires, des institutions, des collectionneurs (…) et il est toujours difficile d’en estimer les véritables retombées économiques. 
La foire de Bâle permettra de juger de la pertinence de Duesseldorf. Là, on était face à un public froid et qui s’informait (qui notait dans ses petits carnets, qui feuilletait les books…). Pour moi, la première étape consiste à faire découvrir des artistes à un public et j’estime qu’il y a toujours des effets intéressants qui découlent de ce processus. Je suis intéressé par les collectionneurs durs à convaincre et qui ont le potentiel de suivre des artistes. C’est un travail à long terme.

Pour finir, pouvez-vous nous indiquer si une seconde édition de Dc est prévue ? Et, si oui, si vous comptez en faire à nouveau partie ?

Bien sûr. J’y serai sans doute, ça dépendra de ma politique de foires l’année prochaine et de la coloration de Dc 2008. La qualité n’est jamais acquise, ça se travaille. Une foire nouvelle doit toujours se battre…

(*) : Le board de commissaires est composé d’Ulrike Groos (directeur de la Kunsthalle de Duesseldorf), Heike Munder (directeur du Migros museum fûr gegenwartskunst de Zurich), Stephan Berg (directeur du Kunstverein de Hanovre) et Jens Hoffmann (directeur des expositions de l’ICA Institute of Contemporary Arts de Londres et directeur du CCA Wattis Institute for Contemporary Arts de San Francisco).


Article initialement publié sur Art and You, 9 mai 2007

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