Jean-Charles de Castelbajac – Parcours Saint-Germain 2009

Dans le cadre du Parcours Saint-Germain, du 29 mai au 12 juin 2009, l’Hôtel présente Born to Be Wilde de Jean-Charles de Castelbajac. Une installation multimédia très rock, très noire…

J-D. B. : Vous semblez apprécier les atmosphères étranges et les apparitions fantasmagoriques.

Jean-Charles de Castelbajac : J’ai passé mon enfance à hanter les champs de batailles et à chercher des fantômes, j’étais une espèce de ghostbuster. Je me suis fait enfermer à Fontainebleau et à Versailles quand j’avais quinze ans. J’emmenais mes copines dormir dans des châteaux en espérant apercevoir la Montespan ou des hommes du XVIIIème. Lorsque je suis arrivé dans le XXIème siècle, je me suis aperçu qu’on avait essayé de gommer tous les fantômes et que pour votre génération, il n’y avait plus du tout ce lien avec l’histoire ou avec le mystère tout simplement.

Dans le cadre du Parcours Saint-Germain, vous vous attachez particulièrement au fantôme d’Oscar Wilde.

Lorsque Anne-Pierre d’Albis m’a demandé de monter un projet pour le parcours Saint-Germain, j’ai tout de suite pensé à l’Hôtel. D’abord parce j’y avais fait mon premier défilé quand j’avais dix-sept ans et demi mais également parce que j’avais dormi dans cette chambre où Oscar Wilde est mort en criant «  que ce papier peint disparaisse ou je disparaitrais ».
A cette époque, il portait étrangement un pseudonyme depuis trois ans, depuis qu’il avait quitté l’Angleterre. Il se faisait appeler Sébastien Melmoth (en référence à Melmoth the Wanderer, un personnage crée par son grand oncle qui avait vendu son âme au diable pendant 150 ans).
Tous ces concours de circonstances, toutes ces étranges histoires non seulement autour de Wilde et de sa dimension rock and roll m’intéressent. Tout ce qui fait qu’il était vraiment le premier King of Rock and roll, sa vision du monde, sa manière d’affirmer sa différence en font quelqu’un d’exceptionnel.

Votre pièce est troublante, totale. Elle tourne autour de la notion de la perte de repères.

Je voulais tout brasser, récupérer cette musique du Bauhaus, cette chanson que j’adore – Bella lugosi is dead – quelques enregistrements d’orages dans la région du Gers, et une évocation de Wilde aujourd’hui dans ce personnage qui est derrière vous, et qui est entre la gloire et le grotesque, l’absolu, le vertige, le désarroi et la question surtout.

Après la mode, vous explorez de nouveaux terrains…

J’ai utilisé la mode comme médium, comme point de départ. Aujourd’hui, on arrive à une époque où tout est possible, où il n’y a plus de frontières entre les modes d’expression ; c’est peut-être Internet qui a rendu tout ça possible ? J’ai enfin trouvé un territoire de jeu, et je me plonge dans l’exploration des sens. Par exemple aujourd’hui, je joue avec l’odorat ; il y a ici 180 lys qui dégagent une odeur éblouissante et à la fois inquiétante. Il y a également un sol mou sur lequel on ne se sent pas très à l’aise… C’est toute cette dimension sensorielle qui me passionne, et que j’ai découverte au travers de la mode.

Finalement, comment qualifieriez-vous votre art en quelques mots ?

Transversal, manifeste, faussement optimiste et au début surtout.


Article initialement publié sur Art and You, 3 juin 2009

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