FIAC 2006 – visite guidée

Du point de vue du contenu, la foire garde son identité généraliste. Les milieux de l’édition et du design continuent de côtoyer celui de l’art (qu’il soit moderne, contemporain ou actuel). L’idée de « vidéo cube » est, quant à elle, une nouvelle fois laissée de côté ; faute d’espace, mais également pour répondre aux attentes de certains galeristes préférant diffuser leurs œuvres directement sur leurs stands afin d’entretenir un dialogue privilégié avec de potentiels acheteurs.


Le Saint des saints : la nef du Grand Palais

N’hésitant pas à débourser 345 €/m², quatre-vingt-dix-huit prestigieuses galeries, s’offrent le luxe d’exposer dans l’écrin du Grand Palais. Les stands sont élégamment organisés et ne présentent, pour la plupart, que des artistes à la réputation solidement ancrée. Fidèle à ses habitudes, Thaddaeus Ropac se distingue en dévoilant l’un des rares solo shows véritablement séduisants : un ensemble de sculptures récentes de l’Anglais Tony Cragg. La majorité des exposants privilégient, en effet, les présentations collectives. Sur le remarquable stand vitrine de Jérôme de Noirmont , l’amateur d’art ne sait, par exemple, plus où donner de la tête entre la Peinture homéopathique n°17 de Fabrice Hyber agglutinant différents objets (des bouts de pain, une voiture miniature, des feuilles…) sous une couche de vernis mat, un ballon de basket poétiquement inséré par Jeff Koons dans un aquarium…

Quelques tenants du marché puisent dans leurs imposantes réserves et favorisent les rapprochements thématiques ; avec soin, Marian Goodman aménage un espace autour de l’idée de nature avec une photographie de jungle de Thomas Struth, une gouache de Tacita Dean représentant une forêt et une sculpture de sarment de vigne de Giuseppe Penone.

Bref, partout des pièces remarquables (chez Cent8, des photos de Jürgen Klauke représentant des femmes au longs cheveux noirs allongées sur des lits d’un blanc immaculé, chez Emmanuel Perrotin, un cochon tatoué de Wim Delvoye, chez le New-yorkais Lisson, des sculptures enrubannées de Richard Deacon…), mais très peu d’oeuvres particulièrement marquantes. L’une de ces très rares perles se distingue sur le stand d’Yvon Lambert : un chariot de paysan, poétiquement recouvert de plumes blanches par Claude Lévêque, trouve sa place au centre d’une pièce aux murs goudronnés et ponctuée d’échelles également emplumées.


Les sculptures du Jardin des Tuileries

Fort agréable lieu de transition entre les deux espaces d’exposition, le Jardin des Tuileries accueille quinze sculptures monumentales de grands noms. Un sous-marin soviétique du Russe Alexander Ponomarev émerge au milieu du bassin principal, une pile de seaux en inox est élevée au centre du parc par l’Indien Subodh Gupta, une traverse est bordée par le Cubain Wilfredo Prieto de drapeaux grisés (un habile procédé qui les décharge de leurs sens et les rend « apolitiques »)…


La libération de l’art contemporain à la Cour Carrée du Louvre

Ne défigurant pas le prestigieux lieu, une structure gonflable de 5200 m² accueille soixante et onze galeristes, ceux du carré design (aussi volumineux qu’inutile diront certaines ‘mauvaises’ langues) ainsi que ceux favorisant la création émergente.

Pour quelques uns, il s’agit d’un baptême du feu au sein des grands rendez-vous internationaux. Essai incontestablement transformé pour La B*A*N*K , la jeune galerie parisienne branchée, qui propose, entre autre, Les voleurs (2006), une œuvre choc du Marocain Mounir Fatmi évoquant certaines pratiques barbares : des mains coupées en plâtre peint sont symboliquement alignées à côté d’un sabre, sur un drapeau de l’Arabie Saoudite…

Pour d’autres galeristes, il s’agit plutôt de conforter leur réputation. Jouant la carte de technologie, le jeune Jocelyn Wolff expose un savant dispositif informatique de son artiste allemand Julius Popp laissant circuler des gouttes rouges dans un fin tuyau de perfusion sanguine. Avec humour, Bernard Utudjian, directeur de Polaris, dévoile Surprise, Less milk more cocoa de Patrick Guns, un œuf Kinder agrandi et personnifié contemplant une vidéo d’envoûtement du président Bush par un marabout africain. Avec plus de sérieux, les deux directrices de gb agency se penchent sur le totalitarisme soviétique. Elles disposent, sur leurs cimaises laissées vierges (ce qui confère un aspect plus « underground »), un remarquable ensemble de documents témoignant de performances du Tchèque Jiri Kovanda données dans les années 1970 à 1990, qu’elles complémentent subtilement par un petit espace vidéo où est projetée la vidéo Once in the XX Century (2004) du Lithuanien Deimantas Narkevicius – une scène de liesse observée au cours du déboulonnage d’une statue de Lénine.

Et les jeunes talents de moins de trente ans dans tout ça ? Quelques uns émergent ici ou là. Exposés au milieu d’artistes confirmés (comme la photographe Vanessa Beecroft et le plasticien Pierre Bismuth), deux d’entre eux sont à découvrir sur le stand de la Cosmic galerie : Gilles Balmet , qui propose une discrète série d’encres de chine et impressions offset intitulée « Beauties », et Benoit Broisat, créateur d’un étonnant papier peint anaglyphe (à observer avec des lunettes stéréoscopiques) sur le très controversé dirigeant de la République populaire démocratique de Corée du Nord, Kim Jong II.


Article initialement publié sur Fluctuat le 27 octobre 2006

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