Festival 1er contact 2005 – du numérique par Issy (2/2)

Festival d’art numérique dans la ville. A Issy-les-Moulineaux, du 15 au 24 avril 2005

Cherchant à se dégager de la ‘banale’ interface homme/écran d’ordi, quelques artistes conçoivent des dispositifs interactifs moins conventionnels, au moyen de tapis de capteurs, de robots… Entre surprises sonores et interpellations visuelles, poursuite de la visite dans les rues d’Issy à haute valeur en « art plurimédia ».

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Offrir de nouveaux sons à la ville

A contrario de sa déclinaison visuelle, la décoration sonore est quasi-absente de nos cités engluées dans la basse continue des vrombissements de moteur. Conscients de cette déficience, quelques électroacousticiens proposent, en temps réel, de nouvelles « phonies citadines ».

L’auteur compositeur Roland Cahen offre à la ville – avec Tournez-sons (2005) – une inhabituelle dimension musicale. L’installation capte le flux des bus se rendant à la gare routière et le retranscrit sous la forme d’échantillons sonores (bruits, notes et paroles). Le résultat est graduellement diffusé – via huit enceintes – dans quatre abris alignés sur une centaine de mètres. Confrontés à l’attente forcée, les futurs passagers s’étonnent de ces jeux de cinétisme sonore.

De manière moins harmonique mais tout aussi spectaculaire, les membres du collectif La Kitchen soulignent les faits et gestes des promeneurs évoluant dans un jardin d’enfants. L’installation ludo-interactive Square 2 capte leurs bruits et mouvements et déclenche, en réaction, des sons de synthèse préenregistrés. Ainsi, par exemple, en jetant un déchet dans une poubelle, nous entendons des bruits de digestion disgracieux. En glissant sur le toboggan, un son de décollage d’avion, et en empruntant les escaliers, un fracas démesuré. Le tout étant perturbé, à heures fixes, par d’énigmatiques conversations chuchotées entre deux bancs…


Trois dispositifs multimédia originaux

Investissant l’anxiogène passage de l’Auditorium (où ordinairement personne ne s’arrête), Florent Trochel nous invite à poétiquement dompter des nuages violets. Sous nos pas, un tapis – parsemé de soixante-quatre capteurs – détecte le sens de notre passage et réagit en conséquence : en marchant vers le centre-ville, nous dissipons des nuages, tandis qu’en sens inverse nous en générons. En faisant du surplace, la fumée vient à nous et nous ceinture. Une fois ces trois règles comprises, nous improvisons de singulières chorégraphies, puis en venons parfois à réfléchir à nos inlassables allers-retours dans l’espace urbain, ainsi qu’à notre propre existence : sommes-nous aussi influençables que ces nuages ?

Au moyen de trois petits robots chien Aibo (fabriqués par Sony), le psychosociologue Florent Aziosmanoff réinterprète l’histoire du Petit Chaperon rouge. Chaque acteur – reconnaissable à la couleur de son gilet (rouge pour le chaperon, jaune pour le loup et vert pour le chasseur) – reprend le « penchant profond » du personnage du conte : la fillette et le loup ont tendance à réciproquement avancer l’un vers l’autre, alors que le chasseur, conscient du danger, cherche à s’interposer. Si le scénario semble écrit d’avance, nous constatons vite que nous sommes très loin de la traditionnelle action-réaction et que les comportements des robots ont de quoi nous surprendre : particulièrement sensibles aux caresses, ils cessent leur progression et concentrent leur attention sur nous…

Enfin, sous un abribus de la gare routière (lieu typique où l’attente est forcée et le contact avec autrui relativement difficile), Michael Cross, un jeune « artiste plurimédia » – à la fois plasticien, danseur, marionnettiste et vidéaste – nous propose d’interagir à plusieurs avec des mains virtuelles évoluant sur une table. De manière intuitive, nous posons nos mains sur leurs homologues irréelles et attendons leurs réactions : certaines fuient, d’autres se montrent indifférentes ou au contraire se révèlent accueillantes. Lors d’un contact prolongé avec ces dernières, nous donnons symboliquemnt naissance à une nouvelle main. Intrigués, nous la regardons grandir et mourir soit de vieillesse, soit de stress.


1er contact, pari réussi

Moins spectaculaire (mais plus ludique et populaire) que Villette Numérique 2004, et situé dans la même veine que Jouable 3 (2004, ENSAD), 1er contact trouve sa place au sein des grands rassemblements d’art numérique franciliens.

Du fait même de son implantation en centre-ville, le festival ne s’adresse pas seulement à un petit groupe de spécialistes, mais à un très vaste public de non initiés. Après quelques jours d’ouverture, force est de constater que la séduction semble réellement opérer ! Le grand public se montre très friand d’explications et revient régulièrement avec enfants et amis. Encore rare lors de ce type d’événement, ce résultat prometteur est principalement à mettre au crédit de l’importante équipe d’accompagnement : trente-cinq médiateurs spécialisés incitant à la participation et offrant des clefs de lecture pour comprendre les œuvres à tout âge. Seuls petits hic, quelques facteurs météorologiques perturbant, de manière plus ou moins impromptue, le bon fonctionnement des dispositifs : l’humidité – traditionnelle ennemie des installations électroniques – et le soleil aveuglant, dans la journée, certaines sucettes plasma.


Article initialement publié sur Fluctuat le 21 avril 2005

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