Festival 1er contact 2005 – du numérique par Issy (1/2)

Festival d’art numérique dans la ville. A Issy-les-Moulineaux, du 15 au 24 avril 2005

Poursuivant leurs efforts de démocratisation des arts numériques, la municipalité d’Issy-les-Moulineaux et le Cube co-organisent – du 15 au 24 avril – la seconde édition du festival à ciel ouvert « 1er contact ». Séduisante initiative rassemblant treize œuvres comportementales, à découvrir de manière ludique et intuitive.

Pourquoi les œuvres numériques devraient-elles toujours être présentées in vitro des espaces d’exposition standardisés ? Selon Florent Aziosmanoff, commissaire du festival, aucune raison objective n’existe ; mieux vaut les fondre dans l’espace collectif puis les laisser réagir aux sollicitations du public.

A première vue, le pari semble fort risqué ! Le chaotique tissu urbain isséen est déjà très marqué (art urbain, publicité…) et proposer de nouveaux terrains d’interaction constitue un véritable challenge. Pour contourner les difficultés, le comité artistique (composé de Florent Aziosmanoff, Carol-Ann Braun, Annick Bureaud et Jean-Luc Soret) porta tout particulièrement son attention aux flux de circulation ainsi qu’aux multiples formes d’esthétiques relationnelles. Très précautionneusement, elle détermina des contextes variés (abribus, passage couvert, squares…) dans un périmètre restreint et y greffa des installations : sucettes plasma, dispositifs sonores…


Face aux sucettes

Issus de diverses disciplines – cinéma, arts plastiques et vivants – sept créateurs nous proposent d’entretenir de singuliers face-à-face avec des œuvres placées dans des « sucettes plasma » (écrans plats encastrés dans du mobilier publicitaire de couleur neutre).

Particulièrement sensibles au mouvement, deux artistes nous invitent à bouger devant leurs œuvres pour en modifier l’apparence. Principe de prime abord très sommaire, mais réussissant à captiver un large public.

Sur une placette légèrement en retrait, l’installation Viens danser (2005) de la chorégraphe Catherine Langlade nous incite à remuer – plus ou moins frénétiquement – pour animer un ballet de formes hydrozoaires. Grâce à une caméra infrarouge, le système capte la forme de notre silhouette, analyse les déplacements de nos cinq centres de mouvements (tête, mains et pieds) et détermine le champ de perturbation à appliquer à l’écran. Remarquable pour sa fluidité d’affichage, l’œuvre atteint pleinement son objectif : nous encourager à expérimenter de nouvelles relations gestuelles, tout en tenant compte des possibilités de feedback offertes par la machine.

Placé au bout d’un axe piétonnier, Sur-natures (2004), le petit jardin virtuel du Mexicain Miguel Chevalier, nous invite à la rêverie. Dotées de différents codes génétiques, les plantes de l’écosystème évoluent à leur rythme et se courbent – vers la gauche ou la droite – au gré de nos passages. Subtile métaphore de la nature façonnée par l’homme et qui, à la moindre occasion, tente de reprendre ses droits. Malheureusement assez peu lumineuse dans la journée, l’œuvre – particulièrement brillante et colorée – gagne à être regardée de nuit.

Fasciné par les flux d’images et le défilement du temps, Vincent Lévy présente deux œuvres chrono vidéographiques entremêlant subtilement passé et présent.

Divisée en neuf vignettes, l’écran du Panneau du temps qui passe (2001, coll. du Cube) nous montre ce qui est vu en direct – c’est-à-dire nous – et ce qui a été observé par la caméra à différents instants (huit images figées, prises une seconde, une minute, un jour, un mois avant). Très simple, il nous fait prendre conscience des capacités mémorielles des Big Brothers actuels, captant et mémorisant nos faits et gestes.

Plus complexe, Fantôme(s) (2005) superpose différentes temporalités sur une même image. En se plaçant fixement dans le champ de la caméra pendant quelques dizaines de secondes, nous voyons progressivement apparaître notre portrait. Lorsque celui-ci est suffisamment net, il est automatiquement mémorisé par le système et risque d’être affiché les jours suivants à la même heure. Au fil du festival, différents esprits viennent hanter le lieu et former une mémoire collective.

Déposé aux abords de l’Esplanade, le dispositif comportemental A distance de la photographe Damaris Risch nous invite à une perturbante confrontation avec une actrice virtuelle. Pourvue d’une intelligence artificielle, elle distingue le jour et la nuit, détecte notre présence (…) et module, en conséquence, son expression. Elle pioche des émotions dans ses souvenirs (une vaste bibliothèque de cinq cents photographies reprenant les principaux états de la médecine chinoise : joie, méditation, peur, colère et tristesse) et les juxtapose, par fondu enchaîné, de manière très réaliste. Pour l’artiste, l’œuvre atteint pleinement son but lorsque le public imagine entretenir une relation de connivence unique avec le personnage. Lorsqu’il se montre trop impatient, il risque fort de rester sur sa faim…


Deux œuvres écraniques télé influençables

Durant toute la durée du l’événement, deux fictions interactives sont partiellement modifiables par téléphone – transformé pour l’occasion en télécommande.

Située face aux Guinguettes Numériques – l’un des rares endroits où le public ‘captif’ attend assis – l’installation multi-joueurs des Oiseaux de Nuits de l’architecte Jean-Marc Gauthier se présente sous la forme d’un triptyque écranique, aux allures de jeu vidéo 3D (Sims, Creatures…). Au centre, nous observons, par roulement, l’intérieur d’un dinner américain ainsi que diverses scènes se déroulant dans les allées à proximité. Latéralement, nous remarquons une vingtaine d’acteurs virtuels déambulant au hasard des avenues et potentiellement guidables par téléphone ; « potentiellement », car face à un ordinateur programmé pour être capricieux, nous découvrons qu’il n’est pas toujours possible de plier un avatar à nos volontés…

Beaucoup plus discrètement, le poète Jean-Pierre Balpe exploite les onze journaux d’informations électroniques municipaux, pour afficher – entre les messages d’intérêt public – les Fictions d’Issy (2005). Formé d’une succession de bribes textuelles, il s’agit d’un roman interactif sur les déambulations d’un couple dans les rues de la ville. Chacun est invité à les lire et à contribuer s’il le désire. Pour générer (et non pas écrire) une nouvelle phrase, il suffit de composer un numéro vert, ou de se rendre sur le site Internet, puis de choisir au hasard un numéro entre un et neuf. Le résultat – une nouvelle phrase simple, grammaticalement correcte et généralement polysémique – s’affiche au bout de quelques minutes…

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Article initialement publié sur Fluctuat le 21 avril 2005

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