Eric Féloneau – Ensba – 2007

Après quelques années passées au CAPC Bordeaux en tant que responsable de la programmation et curateur, Eric Féloneau est, depuis deux mois, chargé des expositions à l’Ecole normale supérieure des beaux-arts de Paris. A ce titre, il a participé à l’organisation de « Cadrage débordement », l’exposition des diplômés 2006 avec les félicitations du jury.

J-D. B. : L’exposition annuelle des félicités du jury est-elle une vieille tradition ?

Eric Féloneau : Cette présentation collective, dans les salles du quai Malaquais a moins d’une vingtaine d’années (ndlr : il s’agit de la seizième édition). En fait, je trouve qu’il est assez logique pour une école d’organiser une telle manifestation pour promouvoir ses diplômés et encore plus pour pousser les félicités sur le devant de la scène. Il y a encore pas mal d’écoles d’art qui n’ont pas de lieux d’exposition adaptés. De notre côté, nous avons la chance de posséder quelques galeries ouvertes toute l’année, autant en profiter…

Pourquoi ne présentez-vous pas les pièces dévoilées par les artistes lors de leur passage de diplôme ? Etaient-elles très différentes ? Est-ce que ces nouvelles œuvres ont été financées par l’Ensba ?

Les artistes ont eu un an pour produire leurs œuvres et ont reçu une bourse pour les y aider. Certains présentent les mêmes pièces que celles montrées lors de leur diplôme. Je pense à Marie Génelin qui structure une œuvre augmentant de taille dans le temps, un work-in-progress prenant la forme d’un calendrier et organisé en fonction de dates de péremption. D’autres jeunes ont choisi de montrer des choses plus fraîches, mais on retrouve dans chaque pièce des éléments déjà vus auparavant. Il n’y a que très peu de ruptures. De manière très contrôlée, Julien Pastor – qui pratique habituellement l’installation et la sculpture – présente ici de la peinture. Il se dit, avec humour, « peintre amateur » et joue avec le spectateur : il fait de la belle peinture, mais en montrer n’est pas son intention. Il ne s’agit là que d’une parenthèse ironique.

Cette exposition me semble très sage… De manière très provocatrice, on pourrait parler d’un art « formaté » pour coller aux expositions actuelles…

Personnellement, je n’ai pas cette impression. Face aux œuvres de cette année, je ne perçois rien de particulièrement convenu…
Il ne faut pas oublier que ces jeunes sortent tout juste de leurs études, et qu’ils n’ont pas encore eu le temps de beaucoup expérimenter. Contrairement à ce vous dites, ils n’ont pas subi de « formatage », mais ont reçu un enseignement dans nos ateliers. Si l’empreinte du maître est encore visible, c’est tout à fait normal. C’est comme ça que cela se passe habituellement. Les artistes qui inventent tout de bout en bout, ça n’existe pas.

Comment fut choisie la mise en espace ?

Thierry Raspail l’a imaginée de manière très simple (murs blancs…). Il a essayé de respecter l’œuvre de chaque artiste, et n’a pas cherché la confrontation.
On a eu deux ou trois réunions avec le commissaire et les artistes pour instaurer un dialogue (ce qui est beaucoup plus délicat que dans le cadre d’une exposition thématique). Très vite, Thierry, qui a un œil remarquable, a compris où il fallait placer les œuvres et les artistes ont parfois dû s’adapter.
Lorsqu’un artiste se voit offrir un grand espace et qu’il a l’habitude d’occuper de petits lieux, il doit sérieusement repenser sa mise en espace. Dans la salle Melpomène qui fait treize mètres de haut, les artistes ont toujours peur que leurs œuvres ne soient écrasées…

Plusieurs félicités sont simultanément exposés au Crédac dans une exposition intitulée « Moteur ». Pourquoi avoir organisé, en même temps, ces deux expositions ?

Claire Le Restif faisait également partie du jury de l’année dernière. Elle a souhaité montrer d’autres pièces avec d’autres modes de présentation. Parfois, le résultat est très étonnant. Je pense à Astrid Méry Sinivassin qui, comme à son habitude, produit des eaux-fortes et qui a opté, au Crédac, pour un autre type d’accrochage… Il faut vraiment voir l’expo pour se rendre compte des capacités d’adaptation de ces jeunes artistes.


Article initialement publié sur Art and You, 28 juin 2007

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