DEA – Whitney Museum

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A.2 – Whitney Museum

Depuis sa fondation en 1930 par Gertrude Vanderbilt, le Whitney Museum essaye de promouvoir les avant-gardes artistiques et philosophiques américaines. Actuellement, plus de douze mille œuvres (de mille neuf cent artistes dont: Georgia O’Keeffe, Edward Hopper et Alexander Calder) y sont conservées.

Lors de ces trois dernières décennies, les responsables du Whitney semblent avoir privilégié deux positions assez antagonistes: une approche académique vis-à-vis de l’art américain et une approche plus novatrice (acceptation des nouvelles tendances de l’art contemporain [1]).


A.2.1 – Des débuts prometteurs mais peu engagés (1994-2001)

En véritable pionnier, le Whitney fut la première institution à acquérir une web-création: The world’s first collaborative sentence [2]. Il s’agit d’un site dataïste de l’artiste et théoricien des nouveaux médias Douglas Davis. Réalisé en 1994 pour une exposition à la petite galerie d’art de l’Université de Lehman (Bronx), le site fut acheté en janvier 1995 par le célèbre collectionneur d’art new yorkais Eugène Schwarz. A sa mort (quelques semaines après l’acquisition), sa femme donna l’œuvre au Whitney, qui continua à la laisser accessible en ligne. Actuellement, cette web-création est la seule a officiellement être intégrée à la collection permanente du musée.

En septembre 1998, Max Anderson, le nouveau directeur du Whitney, décida de remanier l’organisation du musée. Il laissa alors à Christine Paul [3] (conservatrice adjointe attachée aux New Média Arts) et à Larry Rinder le soin de s’occuper du Web-art. La prise conscience du potentiel attractif et artistique de ce nouveau médium n’eut cependant pas lieu avant 2000 (le Whitney ayant dans un premier temps préférer miser sur le off-line). Le vecteur culturel qui bouleversa les esprits fut la Biennale du Whitney 2000 (et la création de la catégorie ‘Net-Art’).


A.2.2 – Le portail Artport (2001-)

En 2001, le Whitney lança son portail online Artport [4]. Tous les mois (depuis mars 2001), une nouvelle web-création y est intégrée. Officiellement, l’ensemble d’œuvres ne fait pas partie de la collection du musée (mais des ‘archives’). L’institution ne dispose pas des droits d’exclusivité (selon Christiane Paul, cela s’explique par des raisons de coût). Concrètement, les artistes ont le droit d’exposer leurs œuvres où ils le souhaitent. Dans ce cas, le Whitney exige juste que les exposants apposent une ligne indiquant que le projet fut originellement commissionné par ses soins. Dans le contrat, il est également stipulé que le Whitney bénéficie du droit de préemption: en cas de mise en vente d’un website, il a la priorité sur tout autre candidat.

En deux ans, le Whitney réussit – dans le cadre d’expositions – à commissionner trois projets. A travers ces premiers choix, le Whitney semble avoir voulu très progressivement faire valoir le Web-art (comme au Dia Center, celui-ci est envisagé comme une poursuite de l’art traditionnel et non pas comme une rupture).

Durant le mois de juillet 2001, les internautes purent avoir accès à un site de Tina Laporta [5] intitulé Voyeur_Web [6]. Sur le modèle des très populaires reality shows, l’artiste plaça des webcams dans un appartement. Elle créa ensuite une interface didactique – un plan au sol hypermédia – permettant à chaque internaute de sélectionner et de visionner en temps réel l’intérieur d’une pièce de son choix. Selon les conservateurs du Whitney, l’œuvre devait opérer en quelque sorte une transition entre l’art vidéo et le net-art. Outre cet aspect, le site tentait de montrer aux participants la différence et les interrelations possibles entre les sphères publiques (le Web) et privées (l’espace surveillé). A travers cette expérience voyeuriste, les internautes étaient mieux sensés appréhender les qualités du Web. Depuis que celle-ci fut achevée, une version ‘archives’ remplaça l’œuvre sur le site.

Idea Line [7] fut conçu par Martin Wattenberg comme une vaste base de données de liens permettant de mieux s’immerger dans l’univers du cyberart (selon l’artiste, le Net-Art est une sorte d’immense tapisserie à parcourir). Concrètement, l’internaute peut – sur un diagramme hypertextuel – sélectionner un site en fonction de son année de production (de 1994 à 2002) ainsi que de son genre (récit, hypertexte, collage, humour, hasard, activisme, politique, communautés, performance, téléprésence, vidéo, webcam, flash, animation, audio, browser, shockwave, jeu, graphisme tridimensionnel, intelligence artificielle, reconnaissance vocale, vision de l’informatique, robotique, tuning matériel, prototypes, programmation, minimalisme et abstraction). Très facilement, il peut percevoir les évolutions diachronique et synchronique du Net-Art (en fonction du degré d’intensité coloré des liens et de la forme modulable du diagramme). Il pouvait également – cela ne semble plus possible – fournir des suggestions de sites pour enrichir le répertoire (Christiane Paul compara cette œuvre à un enfant requerrant un « constant baby-sitting [8] »).

En 2002, Christine Paul commissionna aux meilleurs artistes programmeurs américains (Alex Galloway, Mark Napier, Martin Wattenberg…) de petits programmes à vocation artistiques et destinés à être visibles sur le Web (codes en java… – cette pratique est connue sous le nom de « Software Art »). Elle réussit à obtenir douze programmes qu’elle mit en ligne en septembre 2002 sur un portail intitulé « CODeDOC ». A travers cette ‘exposition permanente’, elle voulut « démystifier le code comme une force mystérieuse et cachée [et] le révéler à l’utilisateur [9]. » Concrètement, le visiteur, en entrant sur le site, sélectionne une œuvre. Il est alors immédiatement invité à lire le code source. En bas du programme, il découvre un bouton cliquable qui lui permet de voir le résultat ostensible quand les lignes de code sont exécutées.


A.2.3 – Des stratégies de conservation

Comme les autres institutions américaines participant au programme Variable Media Initiative, le Whitney développe des méthodes de conservation. Il s’intéresse particulièrement aux émulateurs (programmes permettant un fonctionnement identique sur une plateforme différente) et imagine des stratégies singulières pour chaque site.

En mars 2004, Christiane Paul m’indiqua que le Whitney était en train de cataloguer les spécificités de chaque projet (nombre de fichiers utiles, type de langage, plugins et browsers requis etc.).


Notes :

[1] A titre d’exemple, le Whitney publia en 1973 le livre de Douglas Davis: Art and the Future.

[2] Cf. analyse de l’œuvre rédigée dans le cadre du mémoire de maîtrise de l’auteur ‘L’Interactivité dans le Web-Art’

[3] Christiane Paul: Directrice de l’Intelligente Art (service d’organisation et d’information sur l’art digital). A beaucoup écrit (notamment des hypertextes), fonda en 1995, la revue Intelligent Agent (spécialisée dans les new media arts). Enseigne au MFA d’art graphique (à la School Visual Art de New York).

[4] Cf. http://www.whitney.org/artport – le site est sponsorisé par Hewlett Packard.

[5] Tina Laporta: media artiste de renommée internationale habitant et travaillant à New York. Son principal médium est le Net. En 1999, elle reçut une commission de Turbulence (site Distance), puis en 2000 de l’Alternative Museum (achèvement du projet Re:mote_corp@REALities). Elle participa également à de nombreuses expositions (‘Dystopia and Identity in the Age of Global Communications’ à la Tribes Gallery, New York, ‘Telematic Connections: The Virtual Embrace’ en 2001).

[6] Cf. http://artport.whitney.org/commissions/voyeurweb/index.html.

[7] Cf. http://artport.whitney.org/commissions/idealine.shtml

[8] Propos de Christiane Paul reprint in « Screen Savers » de Carly Berwick, Artnews Online, septembre 2002.

[9] Paroles de Christiane Paul reprises par Marie Lecher dans son article « Le plus simple appareil », in Libération, Paris, 19 septembre 2003.


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