DEA – Turbulence.org

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A.6.2 – Turbulence.org

Turbulence [1] est une organisation à but non lucratif, spécifiquement orientée vers le Net-Art. Depuis 1996, elle a déjà commissionné soixante-quinze web-créations d’artistes reconnus ou émergents. Actuellement, Turbulence apparaît comme une ressource inestimable pour tous les passionnés des new media arts. Les œuvres de sa collection sont régulièrement montrées lors de festivals (elles le furent notamment au Whitney Museum of American Art lors de la Biennale, de ‘Bit Streams’ et ‘Data Dynamics’, au Total Museum of Contemporary Art, à C-Theory, à la Cornell University, à Ars Electronica, à l’International Festival of New Cinema and New Media de Montréal, à l’European Media Arts Festival, au New Forms at the Sundance Film Festival….).


A.6.2.1 – Le fonctionnement des commissions

Deux fois par an (généralement en juillet et en décembre [2]), Turbulence lance un concours international. A travers, ces compétitions, les organisateurs souhaitent d’une part « fournir aux artistes de toutes les disciplines […] l’opportunité d’explorer les caractéristiques spécifiques du médium Web [et d’autre part] obtenir de nouvelles œuvres éprouvant la qualité de l’environnement Internet [3]. » Ils encouragent les créateurs – artistes des nouvelles technologies, écrivains, musiciens, plasticiens, performers… – à imaginer de nouvelles formes interdisciplinaires, créatives et collaboratives.

Les œuvres sont évaluées par des jurys composés de professionnels (généralement reconnus comme théoriciens et artistes des nouveaux médias [4]). Ils sélectionnent les projets en fonctions des données envoyés par les artistes (informations biographiques, court curriculum vitae avec des liens vers des projets online, un résumé du projet: titre, description, explication du caractère artistique, spécifications techniques). Quatre critères sont particulièrement appréciés: le mérite artistique, l’originalité, le degré d’interactivité ainsi que la difficulté technique (au niveau de la programmation et de l’innovation technologique).

Une fois sélectionné, l’artiste a – au maximum – un an pour achever son projet (en 2004, le délai passa à neuf mois). Il reçoit entre deux mille cinq cents et cinq mille dollars (pour obtenir ces sommes, Turbulence bénéficie du soutien de trois fondations – Greenwall, Jerome, LEF [5] – et du National Endowment for the Arts [6]). En échange de cette somme, l’artiste s’engage, pendant trois ans, à ne présenter son site que sur Turbulence. Passé ce délai, il retrouve l’intégralité des droits sur son œuvre (s’il le souhaite, il peut la faire conserver et l’exposer ailleurs).


A.6.2.2 – Les œuvres

Le 1er avril 1996, Turbulence lança sa première web-création: North Country d’Helen Thorington [7] et Eric Schefter. Il s’agit d’une hypermédiature – techniquement assez sommaire – au sujet d’un squelette anonyme trouvé dans un bois aux abords de New York. La même année Turbulence sélectionna encore cinq autres sites exploitant des outils très récents: Laurel Wilson exploita la technologie d’affichage tridimensionnel 3dmf (développée par Apple, elle n’est aujourd’hui plus utilisée), Harris Skibell se pencha sur les nouvelles possibilités offertes par le langage Java.

La collection de Turbulence est particulièrement intéressante car – plus que tout autre ensemble (Artbase de Rhizome exceptée) – elle donne un aperçu des possibilités technologiques exploitées par les créateurs (il serait possible d’en dresser une évolution). Elle fait également sens en nous laissant percevoir l’étendue de l’imaginaire créatif des net-artistes.

Le 9 décembre 2003, Turbulence annonça la liste des seize artistes commissionnés en 2004 [8]. Actuellement sept web-créations sont déjà accessibles en ligne ; celles-ci démontrent d’une part, que le cyberart est très hétérogène (tant au niveau technique qu’au niveau du contenu) et d’autre part, que les technologies actuelles permettent d’offrir des expériences captivantes (les résultats obtenus sont résolument différents de ceux des spectactures ‘basiques’ des débuts du Web-art). Beatriz da Costa – en collaboration avec Jamie Schulte, and Brooke Singer – met à notre disposition une collection d’outils Internet nous permettant de décrypter quelques pratiques capitalistes (les bases de données contenant des informations personnelles, les codes-barres…). David Crawford nous fournit une série de documentaires expérimentaux sur les passagers du métro de différentes villes. Trois scientifiques d’iKatun (Jim Bailey, Kanarinka, Pirun, and Yori Sakakura) créèrent une interface convertissant des conversations instantanées (chat) en schémas colorés. A partir de ses connaissances en genetic engineering, Shannon Kennedy interpréta visuellement le code source du virus informatique Mydoom ; l’internaute est invité à observer des animations construites sur le modèle des analyses biologiques (grilles de lecture montrant des développements viraux grâce à différents niveaux de gris). M. Takeo Magruder réalisa trente et une animations colorées et extrêmement soignées en ASCII Art (les vidéos ainsi que les textes portent sur des événements qui ont eu lieu entre le 1er et le 31 janvier 2004: images couleurs transmises de Mars…). Jillian Mcdonald (perfomer canadien et artiste des médias, vivant à New York) créa une animation Flash confrontant différents types de violence: cinéma, jeux vidéo, situation politique actuelle (Guerre en Irak) et mouvement du Gangster Rap.

Actuellement, le système de commissions fonctionne toujours (un appel à candidature fut clôturé le 31 mars 2004 [9]).


Notes :

[1] Turbulence appartient au groupe ‘New Radio and Performing Arts, Inc’. Fondé en 1981 par Helen Thorington, cet organisme est considéré comme la principale source de ‘radio art’ et de ‘sounds art’ aux Etats-Unis. Il a déjà commissionné plus de trois cents œuvres (nouveaux drames conceptuels, documentaires, explorations du langage, méditations musicales, compositions environnementales, explorations musicales…).

[2] Cf. le règlement du dernier concours (mars 2004).

[3] Cf. http://www.aec.at

[4] En 2004, les cinq membres du jury furent: Luci Eyer (artiste londonienne et éditrice du journal Evreything), Marc Garrett (webartiste, écrivain, activiste, co-fondateur de la plateforme Futherfield), Eduardo Navas (artiste et écrivain), Norie Neumark (artiste des nouveaux médias et professeur de Média Arts à l’Université de Technologie de Sydney) et Helen Thorighton (écrivain, compositrice, artiste des médias, fondatrice et directrice exécutive de Turbulence).

[5] La LEF encourage – en Californie et en Nouvelle Angleterre – les arts visuels, les arts vivants, les arts médiatiques, la littérature, l’architecture et le design – cf. le site de la fondation: http://www.lef-foundation.org/main.htm

[6] Le National Endowment for the Arts fut créé en 1965 pour sauvegarder le patrimoine américain et encourager les nouvelles initiatives – cf. le site officiel: http://www.nea.gov et l’historique de l’institution: https://www.arts.gov/sites/default/files/NEAChronWeb.pdf

[7] Helen Thorington: écrivain, compositrice, artiste des médias et directrice exécutive de New Radio and Performing Arts (depuis 1981).

[8] Liste des commissions visible au: http://turbulence.org

[9] Cf. le règlement du concours lancé en 2004 par Turbulence.org.


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