DEA – Smithsonian American Art Museum (Washington)

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A.5 – Le Smithsonian American Art Museum (Washington)

Le Smithsonian American Art Museum fut fondé en 1829 à partir d’un don du gouvernement fédéral. Très vite, son fonds grandit et devint l’un des plus importants aux Etats-Unis (environ trente-neuf mille œuvres y sont conservées: art colonial, paysages du dix-neuvième siècle, impressionnisme américain, peinture réaliste et abstraite, projets du New Deal, sculpture, photographie, gravure, dessin, art afro-américain, art d’Amérique Latine, art folklorique…).

Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, le Smithsonian se donne comme priorité de rapprocher l’art et la technologie. En octobre 1996, le musée mit à disposition des internautes une vitrine online de sa collection de photographies américaines [1]. Le website fut baptisé « Helios » et sa direction fut confiée à Steve Dietz (également directeur du Departement des new media arts du Walker Art Center de Minneapolis).


A.5.1 – Le « New Media/New Century Award » (2000-2001)

En 2000, Merry Foresta, conservatrice du Département de Photographie, eut l’idée de créer un concours pour sélectionner des web-créations destinées à enrichir le site « Helios ». Initialement conçu avec l’intention d’ouvrir de nouveaux horizons numériques aux seuls photographes, le concours fut élargi à tous les artistes des new medias. Ce changement – opéré par les conservateurs – résulta d’un double constat: celui d’une réelle absence de spécialistes dans le domaine de la photographie d’art numérique et celui de la polyvalence des créateurs exploitant les nouveaux medias (nota: ceux-ci ont tendance à profiter des hybridations autorisées par les différentes technologies numériques). La thématique du concours (baptisé le « New Media/New Century Award ») fut le paysage. Ce choix correspondait à une volonté de compléter les collections du musée ; celui-ci dispose d’un remarquable ensemble de tableaux (notamment des peintures de la Hudson River School) et de photographies [2] en lien. La plupart des œuvres reçues furent composées de morceaux audio-visuels assemblés par le biais des technologies Flash et Shockwave.

Le 1er novembre 2000, le jury – composé de Steve Dietz et Jim Sheldon, professeur de New Media Art à l’Emerson College de Boston – annonça les trois  gagnants: Cindy Bernard, Russet Lederman and Patrick Lichty. Chacun reçut quatre mille dollars [3] ainsi que l’assurance de la diffusion de son œuvre sur le site Helios.

Les trois sites furent mis en ligne à partir de janvier 2001. Lors de la première année d’exposition, le centre obtint les droits exclusifs sur les trois œuvres. Depuis, le musée garde une copie de chaque création mais ne bénéficie plus de l’exclusivité des droits (nota: le musée peut toujours librement se servir de l’œuvre à des fins promotionnelles ou éducatives).


A.5.2 – Analyse des trois œuvres

L’artiste californienne Cindy Bernard réalisa – avec le musicien Joseph Hammer – un site conceptuel proposant cinq ambiances paysagères, sonores et colorées (évocation d’un courant marin, d’un bois, d’un champ, d’un désert et d’un paysage de montagne). Dans une présentation de cette œuvre, elle affirma s’être inspirée d’une photographie prise en 1967 et représentant un jeune homme nommé Joseph. Celui-ci pose fièrement et tient un filtre gélatine rouge (pendant ses vacances, il n’aurait pas arrêté de regarder les paysages à travers ce plastique coloré). Sur le site projections+sound, Cindy Bernard ne propose aucune image figurative ; le spectacteur n’est confronté qu’à un écran monochrome passant d’une nuance colorée à une autre (sur un rythme lent de musique répétitive). Comme dans l’art abstrait et dans certaines scènes d’interstice au cinéma, le site ne nous donne pas d’information objective mais au contraire laisse agir notre propre subjectivité.

Dans American Views: Stories of the Landscape, la designer et cyberartiste Russet Lederman réalisa un collage non-linéaire fait de bribes de trois récits personnels. L’internaute est confronté à trois pages constituées de petites vignettes (en les survolant, il découvre des textes et en cliquant dessus, il écoute des micro-séquences audio) ; chacune d’entre elles évoque le parcours d’un personnage: Cindi, un designer vivant dans le Kentucky (entre 1998 et 2001), Adam, un ingénieur environnemental californien (entre 1989 et 2001) et Neil un New-yorkais vivant dans les années cinquante.

L’artiste et commissaire indépendant Patrick Litchy créa un gigantesque site hypermédia donnant accès à trente-deux photographies panoramiques de sa ville (North Canton, Ohio) prises entre 1996 et 1998, ainsi qu’à des indications textuelles et à plus de trois heures de séquences vidéo. Le lieu dévoilé par l’artiste est une zone résidentielle en pleine expansion (résultant du phénomène de migration dans les années quatre-vingt-dix). En parcourant le site, l’internaute prend conscience de phénomènes sociaux, économiques, culturels (…) typiques des banlieues américaines. Les hommes sont étrangement absents des photos (sur celles-ci, sont essentiellement présentés des maisons, des routes, des ponts, des voitures garées et des usines). La vie n’est visible que dans les vidéos, dans lesquelles diverses personnes témoignent de leur quotidien et de l’évolution de leur cité (création d’équipements: bibliothèques…).


Notes :

[1] Nous pouvons entre autre y découvrir la magnifique collection « Charles Isaacs » ainsi qu’une série d’expositions online.

[2] En 1987, la Dominion Foundation aida le musée à acquérir une collection de trois cents photographies de paysage et ainsi à offrir aux visiteurs un panorama varié de l’Amérique de la fin du vingtième siècle.

[3] La somme de douze mille dollars fut obtenue grâce au mécénat de la compagnie de gaz naturel Dominion (celle-ci aide le musée depuis 1987).


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