DEA – Rhizome.org

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A.6.1 – Rhizome.org

Rhizome est actuellement la plus importante et la plus populaire plate-forme online dédiée à la création, à la présentation, à la discussion et à la conservation des new media arts.


A.6.1.1 – Historique (1996-)

Rhizome fut officiellement lancé par Mark Tribe le 1er février 1996 sous la forme d’une mailing list (hébergée par la société desk.nl). A cette époque, le fondateur résidait encore à Berlin [1]. En mars 1996, il déménagea à New York et convertit Rhizome en website (le but initial était l’archivage des discussions électroniques). Dès les premiers échanges, de nombreux internautes – souhaitant une collectivisation du Web-Art – suggérèrent à Mark Tribe de bâtir un espace de venteonline d’œuvres virtuelles (images et animations). Il en résulta ‘Rhizome.com’, un espace de dépôt vente (appartenant à la même société que Rhizome mais étant financièrement indépendant). La communauté de Rhizome était alors conviée à proposer des œuvres et ainsi à alimenter le commerce [2]. Cet espace fonctionna quatre ans et fut fermé en 1999 (ou en 2000 ?). Il est intéressant de remarquer que cet arrêt fut précédé en mars 1998 par un important changement d’orientation du site Rhizome. Constatant que les revenus de Rhizome.com commençaient à s’effilocher [3], Mark Tribe décida très judicieusement de se consacrer à une nouvelle plateforme à but non lucratif intitulé ‘Rhizome.org’.

Rhizome.org – codirigé par Mark Tribe et Rachel Greene – démarra avec une liste de mille cinq cents soixante-dix membres (répartis en deux groupes: ‘Raw’ et ‘Digest’). Dès le début, Tribe décida d’orienter Rhizome vers le Net-Art. Il créa alors une zone à partir de laquelle il était possible de visionner des animations et des sites interactifs: Artbase [4].

Rhizome bénéficie d’importantes aides financières provenant de nombreuses institutions. Sur la feuille d’imposition de Rhizome (2000 [5]), nous pouvons constater que l’organisation reçut des subventions de: la Rockfeller Foundation[6] (100’000 dollars), la New York Fondation for the Arts [7] (14’000 dollars), la Fondation Daniel Langlois [8] (25’000 dollars), l’Andy Warhol Foundation [9] (20’000 dollars), la William H. Donner Foundation [10] (10’000 dollars), du Tribe Trust(15’000 dollars), la Hale & Dorr (25’444 dollars), du New York State Council of the Arts [11] (5’000 dollars) et le National Endowment for the Arts [12] (17’000 dollars).

En septembre 2003, Rhizome conclut un partenariat avec le New Museum of Contemporary Art [13] de SoHo (New York). L’équipe s’installa dans les murs du musée afin de bénéficier de ses services administratifs (nota: Rhizome espère ainsi économiser cent mille dollars par an). Lisa Philips, la directrice du New Museum, se félicita de cette alliance (qui permit à son institution de nouer des contacts avec la jeune scène des new media arts).

La même année, l’accès au site devint payant (cotisation annuelle de cinq dollars). Rhizome subit alors de lourdes attaques [14] mais resta toujours aussi populaire. Sa newsletter hebdomadaire (le Rhizome’s digest) est actuellement diffusée à plus de six mille internautes.


A.6.1.2 – Artbase (1998-)

En 1998, les responsables du site conçurent Artbase, un espace d’archivage et de présentation d’œuvres virtuelles. A l’origine, seules les créations relevant du Net-art étaient acceptées. Depuis janvier 2002, le site héberge également desart objects [15] considérés comme historiques: des jeux, des logiciels, de la documentation sur des performances (et des  installations) utilisant les new media arts… Le but de Rhizome n’est pas de former une collection d’œuvres exceptionnelles mais plutôt de créer un espace de sites utilisant les technologies symptomatiques de notre époque [16].

Dans le cadre d’Artbase, ce n’est pas un commissaire (ou une commission) qui choisit une optique de collection particulière mais ce sont les artistes qui doivent formuler une demande. Chaque artiste peut soumettre son site [17] en l’accompagnant des metadatas exigées (nom de l’artiste, lieu et date de création, taille, type, genre, titre(s), technologies employées, quatre à huit mots clefs définissant le mieux l’œuvre, les types de plateforme, de browser, de bande…). Les œuvres sont ensuite visionnées et sélectionnées en fonction de critères prédéfinis [18]: l’aspect novateur dans le domaine esthétique, la sophistication conceptuelle, l’impact politique, la portée de l’œuvre dans les discussions du new media art (ou plus généralement de l’art contemporain), les discussions suscitées par l’œuvre dans Rhizome (ou dans les autres publications), la position de l’œuvre dans la carrière de l’artiste (ou de son œuvre), la provenance (commissions, expositions et appartenance à des collections).

L’artiste garde tous les droits sur l’œuvre (notamment celui de la propriété intellectuelle). Même dans le cas des œuvres clonées, l’artiste a le droit d’exposer son œuvre où il le désire (de manière online et off-line), de la vendre et/ou de la soumettre à une transaction commerciale. Lors de l’acte de candidature, Rhizome demande à chaque artiste s’il accepte d’accorder quelques autorisations (le droit de réaliser des captures d’écran à des fins promotionnelles, de créer des animations à partir de captures d’écran, d’effectuer des enregistrements audio, le droit de migration [19], d’émulation, de réinterprétation). L’œuvre peut être soustraite de la collection si Rhizome pense avoir des raisons valables (en cas de violation de lois…) ou si l’artiste le désire (il lui suffit de le signaler deux mois à l’avance).


A.6.1.3 – Commissions spécifiques (2002 et 2004)

En novembre 2001, Rhizome lança un programme de commission de Web-Art sous la forme d’un concours (doté de quinze mille dollars [20]).  La revue imposa alors deux sujets très différents: la création d’une interface alternative pour accéder à ses archives online et une réflexion sur la situation politique (suite aux événements du 11 septembre 2001). Cette initiative reçut un large écho: cent trente cinq soumissions furent reçues et évaluées par un panel de cinq experts internationalement reconnus dans le champs des new media arts (Steve Dietz du Walker Art Center de Minneapolis, Alex Galloway de Rhizome.org, Ken Goldberg de l’Université de Californie,  Christiane Paul du Whitney Museum of American Art et Mark Tribe de Rhizome.org). Les deux gagnants – Christopher Fahey et John Klima – reçurent chacun cinq mille dollars et les deux suivants –  Nungu et Lisa Jevbratt – se virent remettre deux mille cinq cents dollars. Dix autres artistes se virent attribuer une mention honorable.

En 2004, le programme de commission fut relancé [21]. Rhizome souhaita – grâce aux fonds de la Jerome Foundation [22] et de la Greenwall Foundation [23]encourager cinq  nouveaux projets (financements à hauteur de mille cinq cents à trois mille cinq cents dollars par site). Les artistes furent invités à concevoir des œuvres sous la forme de jeu vidéo en ligne. Dans le règlement, il était précisé que les artistes ne devaient pas escompter une aide technique de Rhizome. Pour évaluer les propositions, Rhizome fit une nouvelle fois appel à un jury très compétent, composé: du critique allemand Tilman Baumgartel, de l’artiste Natalie Bookchin, du commissaire d’exposition japonais Yukiko Shikata ainsi que de Rachel Greene et Francis Hwang (travaillant tous les deux à Rhizome). Normalement, les noms des gagnants auraient du être annoncés le 7 mars 2004. Nota: le 23 mai 2004, les résultats n’étaient toujours pas affichés (seules furent dévoilés les descriptifs des quarante-huit propositions reçues [24]).


Notes :

[1] Mark Tribe travaillait à Berlin comme designer graphique et comme Net-artiste.

[2] En 1998, le site recevait mensuellement la visite de vingt-trois mille internautes (estimation donnée par Mirapaul in le New York Time, 2 avril 1998).

[3] Tendance générale dans cette économie: cf. les problèmes rencontrés par Ada’web (lâché par AOL en 1998) et le magazine électronique Word.

[4] Artbase est accessible au: https://rhizome.org/art/artbase/

[5] Feuille d’imposition publiée sur le site de Rhizome.

[6] La Rockfeller Foundation encourage, entre autres, des artistes américains et mexicains exploitant les nouveaux médias (vidéo, film, design, multimédia…). Elle tente d’opérer des rapprochements entre les artistes et les communautés scientifiques. Pour plus d’informations, cfhttp://www.rockfound.org/

[7] La New York Fondation for the Arts fut créée en 1971. Elle encourage les initiatives personnelles et les organismes culturels à New York. Depuis 1998, elle soutient de nombreuses productions informatiques. Pour plus d’informations, cf. http://www.nyfa.org/

[8] Créée en 1997, la Fondation Daniel Langlois encourage les pratiques des new media arts ainsi que la réflexion critique connexe à ces expérimentations. Elle s’essaye à rapprocher les scientifiques, les artistes et les ingénieurs. Pour plus d’informations, cf. http://www.fondation-langlois.org/

[9] Créée en 1987, l’Andy Warhol Foundation encourage les initiatives innovantes et expérimentales dans le domaine des arts visuels. Pour plus d’informations, cf. http://www.warholfoundation.org/

[10] Crée à Philadelphia en 1932, la William H. Donner Foundation fut d’abord conçue pour soutenir la recherche contre le cancer. La fondation s’installa à New York en 1960 et s’impliqua dans la Culture et les Arts à partir de 1993.

[11] Le New York State Council of the Arts est le plus ancien organisme chargé d’encourager les organisations culturelles à but non lucratif (environ mille trois cent). Elle soutient particulièrement les new media arts (audio, radio, multimédia, vidéo…). Pour plus d’informations, cf. http://www.nysca.org/

[12] Basé à Washington, le National Endowment for the Arts encourage toutes les pratiques artistiques aux Etats-Unis. Pour plus d’informations, cf. http://www.nea.gov/

[13] Fondé en 1977, le New Museum of Contemporary Art est actuellement l’espace d’art contemporain le plus visité de New York.

[14] Cf. par exemple: KOVACEVIC (Vladimir), « After Rhizome », message laissé in la liste de discussions « Nettime », 6 mars 2003.

[15] Terme de référence employé par Rhizome – cf. « Rhizome ArtBase Management Policy », 23 septembre 2002. http://www.rhizome.org/artbase/policy.htm

[16] En septembre 2002, le site accueillait six cents cinquante œuvres et revendiquait l’ajout d’une dizaine de sites chaque semaine.

[17] Le site propose aux artistes deux types d’archivage: les sites clonés (Artbase dispose d’une copie de l’œuvre et la rend accessible aux internautes) et ceux reliés (Artbase propose juste un lien vers l’URL de l’œuvre tant qu’elle est accessible).

[18] Liste des critères visibles in « Rhizome ArtBase Management Policy », site de Rhizome, 23 septembre 2002.

[19] Le droit de migration permet à l’institution de remplacer les tags d’une œuvre devenue obsolète par de nouveaux compatibles avec les nouvelles technologies.

[20] Cette somme est apportée par la Jerome Foundation, le New York City Department of Cultural Affairs Cultural Exchange Program, l’Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, la Rockefeller Foundation et les membres de la communauté de Rhizome.

[21] Cf. le règlement du concours lancé en 2004.

[22] La Jerome Foundation fut créée à St Paul (Minnesota) par l’artiste et philanthrope Jerome Hill (1905-1972). Elle encourage la création et la production de nouvelles formes artistiques. Par le biais de commissions, elle essaye de contribuer à la reconnaissance d’artistes émergents à New York et dans le Minnesota. Cf. site de la fondation: http://www.jeromefdn.org/

[23] La Greenwall Foundation fut créée en 1949 par Frank et Anna Greenwall. Elle encourage la vie culturelle new-yorkaise (arts visuels, arts vivants, littérature et arts médiatiques). En 2003, la fondation offrit cinquante-cinq mille dollars pour les actions en faveur des arts des nouveaux médias (dont quinze mille dollars à Turbulence). Cf. le site de la fondation: http://www.greenwall.org/

[24] Cf. la liste des quarante huit propositions reçues en 2004.


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