DEA – pôle californien

B – Le pôle californien

Dès les années soixante, la Californie apparaît comme un second ‘centre moteur’ outre-atlantique, ainsi que comme un miroir grossissant des tendances de la société américaine. A contrario de la ‘sage’ New York, la Californie est essentiellement admirée pour son « ‘intelligentsia organique’ porteuse d’une stratégie culturelle susceptible de rassembler un bloc historique de toutes les oppositions [1] » (rockeurs ethniques, rappeurs, muralistes, Mike Kelley, Jim Shaw…).

Depuis 1996, nous assistons à l’émergence d’une scène de Net artistes assez dynamique (Natalie Bookchin, Christina McPhee, Sachiko Hayashi…) ainsi qu’à l’arrivée du cyberart dans les musées.


1 – Quelques rappels historiques sur l’avènement de l’art technologique

En 1966, Maurice Tuchman, conservateur du Département ‘Art moderne’ du Los Angeles County Museum of Art, conçut le programme ‘Art and technology’ (surnommé le ‘A. and T. Tuchman’s plan [2]’). A partir de 1968, il invita en résidence quelques uns des meilleurs artistes du moment, pendant douze semaines, dans les industries californiennes de pointe. Soixante-six artistes furent sélectionnés: Andy Warhol fut convié chez Cowles Communications, Tony Smith chez Gemini, Robert Rauschenberg chez Teledyne… Nota: les visiteurs l’Exposition Universelle d’Osaka (1970) eurent l’occasion de découvrir la plupart des travaux dans le Pavillon américain.

Dans L’Idéologie californienne [3], Richard Barbrook et Andy Cameron soulignèrent que – dans les années soixante-dix – la culture californienne fut très marquée par ‘le hippisme radical’. Les adeptes de cette contre-culture prônaient des « idéaux universalistes, progressistes et rationnels, tels que la démocratie, la tolérance, la réalisation de soi et la justice sociale ». Si quelques uns s’insurgèrent contre l’informatique (perçue comme une nouvelle religion), il est intéressant de constater que la plupart d’entre eux estimèrent que – par le biais de la convergence des médias, de l’informatique et des télécommunications – il serait possible de bâtir une « agora électronique – un lieu virtuel où chacun pourrait exprimer ses opinions sans crainte d’être censuré. » Très vite, des activistes et artistes californiens utilisèrent les nouveaux médias avec l’objectif de construire une « Nouvelle Amérique [4] ».


2 – Les atouts de la Californie

La Californie dispose de deux villes particulièrement dynamiques: San Francisco et Los Angeles. La première a une histoire intellectuelle assez ancienne (Beatniks…). La seconde – est devenue « la capitale culturelle d’une immense industrie culturelle qui, depuis les années vingt, a importé des milliers d’écrivains, de cinéastes et d’artistes parmi les plus talentueux [5] ». ‘Ville monde’ dans laquelle les artistes côtoient les scientifiques et les ingénieurs, Los Angeles est devenu un véritable « laboratoire du futur [6] ».

Actuellement, de nombreux cyberartistes (Ken Goldberg) et théoriciens des new media arts (Roy Ascot) résident et travaillent en Californie. Quelques uns furent appelés pour diriger des départements dans les facultés les plus réputées (Design à UCLA, robotique et téléprésence à Berkeley, arts électroniques à San Francisco). Nota: l’enseignement du cyberart est particulièrement bien mis en valeur en Californie.

La revue en ligne Wired – basée à San Francisco, traitant de la Technologie, de la Culture, du Business et de la Politique – est particulièrement attentive à l’action des institutions en faveur de la Web-création (cf. notamment les articles de Reena Jana entre 1997 et février 2002, ainsi que ceux de Robin Clewley, Jason Spingarn-Koff).


3 – Le Web-Art dans les musées

Entre 2000 et 2002, les musées californiens ont régulièrement organisé des expositions de Net-Art. Depuis, les grands centres semblent beaucoup moins intéressés par la monstration d’art informatique ; les institutions de San Francisco (le SFMoMA, le SF Camerawork…) semblent plutôt privilégier la photographie numérique.

A ce jour, trois grandes institutions californiennes possèdent des droits sur des web-créations: le Berkeley Museum, le San Francisco Museum of Modern Art et le Museum of Contemporary Art de Los Angeles. Seuls les deux derniers ont réellement bâti des collections (le SFMoMA entre 1996 et 2001, le MoCA à partir de 2001) et ont élaboré des politiques de conservation. Actuellement, seul le MoCA continue sa politique d’acquisitions.


Notes :

[1] DAVIS (Mike), City of quartz, Los Angeles, capitale du futur, Paris, La Découverte, 1997, p.18.

[2] Pour plus d’informations, cf. TUCHMAN (Maurice), A Report on the Art and Technology Program of the Los Angeles County Museum, Los Angeles, Los Angeles County Museum of Art, 1971.

[3] BARBROOK (Richard) et CAMERON (Andy), « L’Idéologie californienne », in Hermès revue critique, n°5, automne-hiver 1999.

[4] Ibidem

[5] DAVIS (Mike), City of Quartz, Los Angeles, capitale du futur, Paris, La Découverte, 1997, p.18.

[6] Expression des chercheurs de UCLA – source: DAVIS (Mike), City of Quartz, Los Angeles, capitale du futur, p.82.


Lire la suite… // revenir au plan du mémoire