DEA – Museum of Modern Art

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A.1 – Museum of Modern Art (MoMA)

Aujourd’hui considéré comme l’archétype des musées d’art moderne, le MoMA a su – en se basant sur une « stratégie et un mode commercial [1] » – être et rester « un ‘produit’ de la connaissance, de la critique, de l’érudition, de la compréhension, du goût artistique. [Cela est essentiellement du au fait que tout au long de son histoire, les conservateurs ont compris] qu’une fois qu’un produit est réalisé, la tâche suivante consiste à le distribuer [2]. »

Le MoMA fut le premier musée à avoir intégré l’art technologique dans ses murs. En 1968, il organisa la célébrissime exposition ‘Art as Seen at the End of Mechanical Age [3]. A partir des années soixante-dix, il s’impliqua fortement dans l’art video: il mit en place la série d’expositions ‘Projects’ (1971), puis la série de discussions ‘Video Viewpoint [4] (1977, participations de Vito Acconci, Nam June Paik, Kristin Lucas…). En 1992, le MoMA lança un programme similaire en faveur des new media arts, le ‘Technology in the 90s’ (lors de symposiums, les conservateurs présentèrent des artistes exploitant les nouvelles possibilités offertes par l’hybridation des médias électroniques et informatiques). En 1996, ce fut – assez logiquement – au tour du Web-Art d’être mis en avant.

Le programme en faveur du cyberart fut confié à Barbara London [5], l’emblématique conservatrice du Département des Films et de la Video. Depuis son arrivée en 1973, elle tente de documenter, de préserver et d’encourager l’art vidéo. Visionnaire, elle réussit très tôt à monter des expositions d’art vidéo au MoMA ainsi qu’à fonder une fabuleuse collection (environ deux mille œuvres). Assez logiquement, Barbara London considéra les débuts du Web-Art avec la même attention que ceux de la vidéo. Lors d’une interview en 2000 [6], elle affirma que le Web-Art était entré dans une phase d’émergence très vaste et particulièrement intéressante (elle compara ses débuts aux premières manifestations énergiques du body art).


A.1.1 – Les web-créations

Entre 1996 et 2001, le MoMA convia quelques artistes – déjà présents dans les collections – à produire des web-créations pour accompagner des expositions temporaires. Pour ces productions, le MoMA bénéficia des nombreuses aides (notamment celles du Trustee Susan Jacoby, du Museum’s Junior Associates et du Contemporary Arts Council).

En 1996, le MoMA participa à la co-production – avec äda web et artAIDS – d’un site du groupe d’activistes General Idea. Très sommaire, ce site n’offre qu’un accès à cinq petites vignettes fixes (série des Imagesvirus) et à une zone dans laquelle il est possible de télécharger un économiseur d’écran [7].

En 1997, Peter Halley imagina – pour l’exposition qui lui était consacrée ‘New Concepts in Printmaking [8]’ – le site Exploding the Cell. Des programmateurs et des designers furent chargés de créer des animations shockwave [9] à partir de neuf images digitales (vendues à l’institution l’année précédente). En entrant sur le site, l’internaute est invité à sélectionner une des neuf images numériques, puis à la re-coloriser selon ses goûts (zone après zone) et enfin à imposer sa signature à côté de celle de l’artiste.

Par la suite, le MoMA offrit des opportunités similaires à Robert Cumming (Academic Interactive Exercise, 1998 [10]), à Allan McCollum (The Registration of an Artwork, mars 1999 [11]), à Fred Wilson (Road to Victory, mars 1999[12]) et à Michael Craig-Martin (6 Objects, Ready or Not, novembre 1999 [13]).

En 2001, les conservateurs du MoMA constatèrent que s’ils poursuivaient dans cette voie ils n’obtiendraient qu’une sorte de ‘double virtuel’ du musée. Ils décidèrent alors de s’adresser à de véritables  web-artistes. Le seul cyberartiste à pour l’instant à avoir été commissionné dans ce cadre fut Tony Oursler [14]. Son site – TimeStream (mai 2001) – traite des phénomènes de mimétisme existant entre les inventions du passé et celles de notre époque. Il aborde les phénomènes d’obscurantisme et de difficile mise en lumière (référence à la Caverne de Platon). L’œuvre est censée mieux nous faire comprendre et apprécier notre époque. Sous la forme d’une animation (et de collages) en Flash [15], elle nous fait découvrir des apparitions mystérieuses.


A.1.2 – Le statut des web-créations

Les web-créations – visibles sur le site du MoMA – ne font pas, à proprement parler, partie des collections. Pour Barbara London, les Media arts sont encore trop dynamiques pour être suivis par l’inertie institutionnelle. Lorsque le MoMA commissionne une œuvre, il obtient les droits exclusifs pendant une durée de deux ans (information donnée par Susan Morris – elle précisa dans son rapport qu’une fois le délai passé, il est convenu qu’une réévaluation soit effectuée).

Susan Morris mit en évidence un problème juridique concernant Reprints (1997), une œuvre d’Allan McCollum. A son lancement, cette web-création fut co-hébergée par le MoMA et par Stadium [16]. Lorsque ce dernier fut acquis par le Dia Center, celui-ci changea de statut et devint la propriété exclusive du Dia. Le MoMA décida alors de ne plus le lier à son site.


A.1.3 – La situation actuelle

Actuellement, le programme d’acquisitions de web-créations est arrêté. Il devrait être repris dans les futurs locaux du MoMA (35ème rue – ouverture prévue fin 2004- début 2005).


Notes :

[1] PUTNAM (James),  Le Musée à l’œuvre – Le Musée comme médium dans l’art contemporain, Paris, Thames and Hudson, 2002, p.28.

[2] Propos d’Alfred Barr, « Present status and future direction of the Museum of Modern Art », in MoMA Archives: AHB Papers (AAA:3266;122), 1933, p.2 – reprint in PUTNAM (James),  Le Musée à l’œuvre – Le Musée comme médium dans l’art contemporain, Paris, Thames and Hudson, 2002, p.28.

[3] Cf. Cat. Expo The Machine as Seen at the End of Mechanical Age, New York, MoMA, 1968.

[4] Pour plus d’informations sur l’intérêt porté à la vidéo par le MoMA, cf.  « Museum of Modern Art Video and Film Program ».

[5] Barbara London: Arrivée au MoMA au département des gravures et des livres illustrés (1973), elle profita de l’acquisition de matériel vidéo (reçu la même année) pour monter une collection et organiser des shows avec Nam June Paik, Laurie Anderson, Gary Hill, Bill Viola… Elle fit de nombreux voyages au Japon et en URSS pour se tenir au courant des nouveautés et découvrir des vidéo-artistes… Pour plus d’informations sur ses précédentes activités.

[6] Cf. l’interview de Barbara London par Genco Gulan, in New York Arts Magazine, 2000.

[7] Cf. œuvre toujours accessible.

[8] L’exposition eut lieu au MoMA du 18 septembre 1997 au 8 février 1998.

[9] Logiciel d’édition multimédia créé par la société Macromedia pour la conception et la lecture d’animations (celles-ci sont directement réalisées à partir du programme Director). L’animation Shockwave est très prisée dans la publicité online ainsi que pour les logos et les jeux.

[10] Le photographe américain (né en 1943) fut invité à produire sa web-création à l’occasion de l’exposition ‘The Clutter of Happenstance: Photographs by Robert Cumming’ (du 19 mars au 15 juin 1998).

[11] L’artiste californien (né en 1944) fut invité à créer ce site dans le cadre de l’exposition ‘The Museum as Muse: Artists Reflect’. Cette œuvre fait référence aux séries de sculptures abstraites en forme de tableaux (créées par l’artiste dans les années quatre-vingt). Cf. la capture d’écran et l’article duLos Angeles Times, 25 mars 1999.

[12] Comme l’œuvre précédente, celle-ci fut commandée dans le cadre de l’exposition  ‘The Museum as Muse: Artists Reflect’.

[13] Le MoMA proposa au plasticien britano-américain Michael Craig Martin (né en 1941) de créer son site à l’occasion de ‘ModernStarts: Things’ (du 21 novembre 1999 au 14 mars 2000).

[14] Tony Oursler (né à New York en 1957): obtint un BFA d’arts au California Institute for the Arts (1979). Il est essentiellement connu pour ses dessins, performances, installations et contes vidéo fantasmagoriques. Pour plus d’informations, cf. le site de l’artiste

[15] Flash: logiciel – produit par la société Macromedia – permettant de créer des animations vectorielles complexes (souvent tridimensionnelles) et facilement chargeables sur le Web (extension associée: SWF). Pour les lire, il est nécessaire de télécharger un plug-in.

[16] Pour plus d’informations sur cette galerie virtuelle, cf. p.35.


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