DEA – Introduction

Depuis quatre décennies, les sociétés post-modernes ont considérablement développé les nouvelles technologies médiatiques, ont progressivement su nous amener à les utiliser et ont ainsi bâti une véritable technosphère communicationnelle.

Les sciences humaines – notamment l’histoire et la sociologie de l’art – nous montrent que l’évolution des modes de pensées s’opère parallèlement au développement des outils et des médiums (photographie, cinéma, vidéo…). Dans une telle situation, il n’est pas étonnant que l’art contemporain ait été (et soit encore) bouleversé par l’avènement d’Internet. Dès 1993, quelques artistes technophiles se tournèrent tout naturellement vers le Web, un champ médiatique et artistique encore vierge. Grâce à de continuels nouveaux possibles (logiciels et matériels) ainsi qu’à un incroyable esprit de conquête, des cyber-créateurs continuent d’y expérimenter de nouvelles formes artistiques, rassemblées sous le vocable de « Web-art » [1].

L’art informatique, qui s’était principalement développé hors des circuits officiels (essentiellement à cause d’une absence de soutien), réussit grâce au Web-Art à sortir de la quasi-clandestinité [2]. Depuis dix ans, de nombreuses institutions – aussi bien classiques que spécialisées – se repositionnent et élaborent des programmes d’acquisition et de conservation pour le Web-Art.

Dans le cadre de cette année de DEA, nous avons choisi de nous concentrer sur ces acquisitions et sur la mise en place de collections de web-art en Amérique du Nord et en Europe.

Assistons-nous actuellement à un collectionnisme de Web-Art ? Qui a tendance à défendre ces œuvres (les pouvoirs étatiques, les fondations privées…) ? Comment sont-elles appréhendées dans les lieux institutionnels ?  Nous allons également tenter de répondre à diverses autres questions concernant le statut des œuvres et des artistes. A quelles formes de transactions économiques ces œuvres ont-elles donné naissance ? Qui choisit les œuvres et que demande-t-on aux artistes de produire ? Quels sont les artistes appréciés par les institutions ? Qu’en est-il du copyright ? Faut-il instaurer un droit spécifique pour les transactions de Web-Art ? A-t-on réfléchi à la bonne conservation de ces œuvres ?

La recherche de DEA n’ayant pas pour vocation d’aboutir à une ‘étude finalisée’, nous avons préféré étudier isolément des cas bien ciblés par aires géographiques. Dans un premier temps, nous traiterons du Net-Art en Amérique du Nord. Nous analyserons d’abord sa situation au sein de deux grandes zones – la Côté Est (un pôle catalyseur ?) et la Californie – puis nous essayerons de comprendre la condition de la Web-création dans deux centres isolés (le Walker Art Center de Minneapolis, le Laboratoire Oboro de Montréal). Dans un second temps, nous examinerons la place qu’occupe le Net-art dans les institutions européennes ; en Espagne, puis en France et enfin en Grande-Bretagne où deux pôles se distinguent: Londres et l’Ecosse.


Notes :

[1] Le Web est un protocole d’Internet qui fut inventé et développé en 1989 par l’Anglais Tim Berners-Lee pour faciliter le travail de documentation des chercheurs du Centre Européen de Recherches Nucléaires (Genève, Suisse). Etonnement à ses débuts, le Web n’intéressa guère les industriels et les scientifiques qui préféraient miser sur d’autres réseaux, par contre, il attira – dès octobre 1993 – les premiers particuliers. Ce mini-succès peut facilement s’expliquer par la mise à disposition – sur le réseau – de browsers et de logiciels permettant de créer des sites (en 1994, le premier browser graphique – Mosaic – fut mis au point et les images purent être largement diffusées sur le Web). Quelques artistes surent exploiter ces outils et furent dans les premiers à investir ce nouvel espace. Fin 1993-début 1994, on comptait – parmi les deux cents websites pionniers – les premiers espaces artistiques: King cross Phone-in and here, The File room, Waxweb. En moins de deux ans, le Web se développa internationalement. Une nouvelle culture et une multitude de nouvelles pratiques artistiques furent inventées. En 1995, on inventa le vocable de « Web-art » pour regrouper toutes les pratiques artistiques utilisant le Web comme matière première. Le Web-art est produit, hébergé et exclusivement diffusé sur ce support.

[2] Entre les années soixante et quatre-vingt-dix, l’art informatique n’était guère analysé et admiré. Pour plus d’informations sur les raisons du sursaut d’intérêt, cf. l’introduction de L’art numérique – comment la technologie vient au monde de l’art d’Edmond Couchot et Norbert Hillaire, Paris, Flammarion, 2003.


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