DEA – Dia Center for the Arts

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A.4 – Dia Center for the Arts

Créé en 1974 (à l’initiative de Philippa de Menil et Heiner Friedrich), le Dia Center for the Arts fut conçu comme une fondation privée à but non lucratif. En 1986, il fut converti en centre d’art multidisciplinaire. Ses principales missions sont l’« initiation, l’encouragement, la présentation [et] la conservation de projets à l’arrivée de chaque [nouveau] médium [1]. » Le terme de ‘Dia’ – mot grec signifiant ‘au moyen de’ – fut spécifiquement choisi pour suggérer que ce centre a un rôle d’intermédiaire entre le public et des artistes exploitant des médiums peu conventionnels (Richard Serra, Dan Flavin, Donald Judd…). Depuis ses débuts, le musée (soutenu par de grandes fortunes américaines) encourage quelques artistes à créer des projets ’hors normes’ (tels que Lightning Field de Walter de Maria en 1977).

Le Dia commença à s’intéresser au Net-art à partir de la fin de l’année 1994 (lorsque Michael Govan [2] fut nommé directeur). Une des principales raisons de cet attrait fut l’aspect intimiste du Net-Art (les responsables furent fascinés par l’idée de face à face direct avec l’écran). Au sein du centre, le Web-art n’est pas perçu comme une rupture par rapport aux autres arts (et par conséquent n’est pas isolé du reste de la collection). Il est plutôt envisagé comme une poursuite des activités précédemment menées ; c’est-à-dire essentiellement comme un prolongement de la quête de la dématérialisation de l’objet artistique (nota: le Dia Center se fit connaître comme un des hauts lieux de l’art conceptuel).


A.4.1 – Les commissions

En mars 1995, le Dia devint le premier centre d’art à commissionner une web-création: Fantastic Prayers [3] de l’artiste Tony Oursler, de la performer Constance de Jong et du compositeur Stephen Vitiello. Initialement développé autour d’une performance [4], le site fut conçu à la fois comme une base d’archives et comme une extension de l’événement. Formellement, il se présente comme une œuvre hypermédia dont l’histoire se déroule dans un lieu baptisé « Arcadia ». L’internaute est invité à se glisser dans la peau d’un archéologue et à évoluer dans la structure générale pour découvrir des fragments narratifs hypermédias (paroles, musiques, séquences vidéo…).

Comme le souligna Valérie Lamontagne, « les œuvres du début affichent un désir d’aller au delà du simple cadre de l’Internet, car elles développent parallèlement des aspects performatifs et interactifs en direct. Les performances multimédiatiques, l’intégration de la danse […] reflètent effectivement ce penchant naturel du DAC pour l’interdisciplinarité et l’expérimentation [5]. » Jusqu’à maintenant, les axes de recherches qui semblent avoir été privilégiés sont: la performance, le social (les choix opérés par l’homme face à la technologie) ainsi que les réflexions sur le support écranique (esthétiques, philosophiques) ou sur la récupération d’informations du Web.

Actuellement, une vingtaine de web-créations ont déjà été commissionnées [6] (toutes furent sélectionnées par la conservatrice Lynne Cooke, assistée par Sara Schnittjer Tucker, la Directrice du Département des nouveaux médias).

Le Dia Center souhaite prioritairement commissionner des artistes traditionnels reconnus (peintres, vidéastes, musiciens, poètes, danseurs, architectes…) et se montre surtout intéressés par les possibilités esthétiques et conceptuelles du Web. Il espère que les artistes ‘traditionnels’ orienteront le Web-art vers de nouvelles tendances (non prévues par les infographes) et pourront ainsi justifier la présence du Web-art au sein du musée.

Concernant le processus de production, « il n’y a pas de règle ni de ligne directrice fixées pour ces projets – [cela] varie beaucoup d’un projet à l’autre. Sara Tucker travaille étroitement avec les artistes pour réaliser le projet dans des conditions optimales. […] Bien qu’il y ait quelques exceptions, la plupart des artistes ne savent pas programmer: le schéma de travail consiste d’abord à explorer les potentialités et les limites, ensuite à travailler étroitement avec Tucker sur le design et la programmation des projets [7] ». Certains artistes restent très peu de temps dans le centre (Claude Closky n’y passa qu’une vingtaine de jours) tandis que d’autres y résident beaucoup plus longtemps (Cheryl Donegan y séjourna plus de six semaines).


A.4.2 – Le statut des commissions

Les web-créations n’appartiennent pas, à proprement parler, à la collection du Dia. Ce dernier dispose d’une licence exclusive d’hébergement sur le Net (payée en moyenne huit mille dollars). Le contrat passé avec les artistes est très souple. Parmi les principales clauses, nous pouvons mentionner que:

• l’artiste garde le copyright et la propriété de l’œuvre.

• les créateurs doivent demander une autorisation auprès du musée pour exposer leur œuvre en dehors du centre (nota: ces permissions sont accordées presque systématiquement).

• lorsque le Dia souhaite commercialement exploiter une œuvre (par exemple la vendre sous forme de CD-Rom), il doit passer un contrat supplémentaire avec l’artiste.

• lorsqu’une autre institution souhaite passer une licence de non exclusivité, elle doit recevoir à la fois l’accord du Dia et de l’artiste.


A.4.3 – Stadium@Dia

En février 1999, le Dia passa une alliance avec Stadium une des premières plateformes indépendantes qui hébergea des web-créations [8]. Dans celle-ci, nous pouvons trouver des œuvres d’artistes internationalement reconnus: David Askevold, Louise Lawler, Allan McCollum, John Simon, Lawrence Weiner et Maciej Wisniewski… Il est intéressant de remarquer que le choix se porta quelques fois sur des artistes traditionnels étrangers au monde du cyberart (en cela, cette politique d’acquisition est proche de celle du Dia).

Le centre décida d’héberger et de promouvoir Stadium pour qu’il puisse continuer à choisir et à produire de manière autonome ses projets (nota: le partenariat prit alors le nom de ‘Stadium@Dia’). Malheureusement, Stadium ne poursuivit pas ses activités: Ron Wakkary, le fondateur et commissaire de la collection trouva un poste de professeur agrégé en technologie de l’information et en arts interactifs à Vancouver et n’eut plus le temps de diriger son projet.

Mme Sara Tucker me confirma qu’il s’agissait du seul projet acquis en dehors du programme de commissions.


Notes :

[1] Cf. la rubrique ‘historique’ du site du Dia.

[2] Michael Govan: directeur de la Dia Art Foundation en 1994, puis président et directeur. Avant sa nomination, il fut conservateur adjoint au Williams College Museum of Art (Williamstown, Massachusetts), puis directeur adjoint du Musée Solomon R. Guggenheim (New York). Il a monté plusieurs grandes expositions (dont une sur Dan Flavin à New York et à Londres).

[3] L’œuvre n’est plus accessible sur le Web. Elle évolua jusqu’en juin 2000 – date à laquelle, elle fut stockée et commercialisée sous la forme d’un CD-Rom – quatre séquences sont visibles.

[4] Cette performance a eu lieu en mai 1993 dans le Rooftop Urban Park Project de l’artiste Dan Graham (installation placée sur le toit du Dia).

[5] Cf. LAMONTAGNE (Valérie), « Le Web du Dia Art Center », in Archée, section ‘critiques’ octobre 2000.

[6] Le budget moyen est de huit mille dollars par site (ce prix n’inclut pas les droits sur l’œuvre qui restent l’entière propriété des artistes).

[7] Email de Sara Tucker et Lynne Cooke envoyé à Steve Dietz, le 16 mars 1998.

[8] Stadium fut fondé en 1994 par Ron Wakkary.


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