Le bureau de John Maeda – sélection de sites

Depuis 1995, John Maeda s’empare des différentes technologies inhérentes au net pour les repenser avec une audacieuse simplicité. Innovantes et dynamiques, ses conceptions du web-design sont tout autant remarquables sur des sites de marques prestigieuses – Shiseido, Sony et Cartier – qu’au sein d’exercices de style plus personnels.

Aussi austère qu’enrichissant, le Maeda Studio constitue indéniablement la meilleure porte d’entrée à la compréhension de l’œuvre du designer ; avec soin, y sont liés sa biographie, ses principales réalisations, les fruits de ses enseignements, mais également diverses captures d’écran de son bureau d’ordinateur (un journal de bord tenu du 6 oct. 2004 au 20 mars 2005), ainsi que son blog « Simplicity » relatant l’évolution de son actuel programme de recherches.

Dynamiser le design des sites web de prestige

En parallèle à sa production sur papier – publicités pour Absolut Vodka (1997), Cartier (2004), couverture du New York Times Magazine (1999) -, Maeda s’ingénie, depuis ses débuts, à concevoir des espaces de convivialité pour des sites commerciaux. Parmi ses principales commissions, un bandeau festif pour les trois ans de Sony Online (1998) et un autre, tout aussi cinétique, pour l’association japonaise de l’Inter Media Design (1997) – une phrase dansante, compassée de caractères de sa police Tangram.

Jusqu’en 1999, la marque de cosmétiques japonaise Shiseido reste l’un de ses plus fidèles commanditaires. Maeda imagine notamment, pour le site, trois petites applets d’envois d’e-cards personnalisables : la florale CyberOrchid (1996), déclinée de manière plus dynamique avec du liseron (CyberAsagao, 1997), puis avec un arbuste modélisable en 3D (Cyberpoinsettia). En 1997, il l’agrémente d’une série de six calendriers, des mignardises à l’esthétique minimale évoquant des particularismes saisonniers : l’éclosion printanière de fleurs, les feux d’artifices estivaux, des envolées de chiffres aux couleurs automnales se métamorphosant en vagues bleutées et des flocons de neige. L’année suivante, il décline des classiques du jeux vidéos en singuliers petits divertissements multi-joueurs : une partie de golf sur un green en forme de kanjis, une infernale roulette labyrinthique, une poursuite automobile fort triviale…

Jouer avec les signes

Régulièrement, Maeda fait appel à notre curiosité enfantine et tente, à travers ses œuvres, de nous faire retrouver le plaisir du jeu. S’inscrivant dans la lignée de Guillaume Apollinaire (auteur de calligrammes), ainsi que des artistes futuristes et dada (créateurs d’affiches parsemées de mots dans tous les sens), il engendre de nouvelles écritures dynamiques jouant avec l’espace de la page et captant l’énergie de la machine. Ainsi, dans Flying Letters (1995), puis Tap Type Write (1998), les lettres s’envolent, grandissent et exécutent d’insoupçonnables acrobaties sur l’écran. Considérés comme des marionnettes, les caractères – et mots – évoluent d’après le bon vouloir de leurs manipulateurs.

En 2001, Maeda programme des applications spécifiques au téléphone portable afin de présenter l’heure de manières inhabituelles : mécaniquement avec la simulation du synchronisme d’une trotteuse, en saturant l’écran d’affichages numériques…

Idées de cadeaux

Destinés aux afficionados du design développé par Maeda, divers produits sont disponibles : ses livres de théorie, ses lithographies (en vente à sa galerie new-yorkaise Cristinerose), une planche de skate éditée à cent exemplaires par la société parisienne Mekanism (suite à sa rencontre avec le street artist Invader), un dvd d’ambiance intitulé Food Coloring (2005, Colorcalm, réalisé en collaboration avec le compositeur Ryuichi Sakamoto, disponible à Paris chez The Conran shop), ainsi que son e-card « Nature » proposée dans le cadre de son exposition personnelle à la Fondation Cartier.


Article initialement publié sur Fluctuat le 15 janvier 2006

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