Bernard Fontaine, Graffiti une histoire en images

Bernard Fontaine plonge son lecteur dans un voyage didactique à travers le temps et l’espace, à la découverte du graffiti. Page après page, il lui dévoile l’histoire des tags américains, des murals d’Irlande du Nord, des murs peints en Afrique du Sud lors de l’Apartheid…

En onze chapitres remarquablement bien illustrés, Bernard Fontaine retrace l’histoire du graffiti, de la préhistoire à nos jours. En voici les principales étapes, par ordre chronologique :

– Durant le Paléolithique, les hommes produisent des dessins pariétaux, énigmatiques, gravés ou peints (au noir de charbon, avec des ocres et de la craie). Ils utilisent des pochoirs, représentent la faune, des signes non figuratifs, des mains en négatif…

– Sur les murs de la ville romaine de Pompéï (recouverte par les cendres en 79), de nombreuses inscriptions et marques de passage sont gravées au charbon, au pinceau et au stylet. Les thèmes les plus courants sont l’amour, le sexe, l’insulte, la sagesse, la comptabilité… En 1856, le père jésuite Raffaele Garucci est le premier à employer le terme de « graffiti » dans un texte rédigé en français, Graffiti de Pompéï, inscriptions et gravures tracées au stylet.

– Lors du premier tiers du XXème siècle aux Etats-Unis, les hobos (vagabonds) laissent derrière eux des pictogrammes à la craie. Ceux-ci fournissent des renseignements sur l’hospitalité des habitants, la police… A la même époque, en Russie, les artistes de l’Agitprop s’émancipent de la peinture « bourgeoise » en s’exprimant sur les murs, tramways, trains, bateaux…

– Dans les années 50, Tsang Tsou-Choi inscrit des slogans anticoloniaux sur les murs et les armoires électriques de son quartier à Hong Kong. 55’000 ont été répertoriés.

– Au début des années 60, l’art investit la rue, souvent à des fins de propagande. Parmi les pionniers, on retrouve l’Américano-belge Alain Arias-Misson qui milite contre la guerre du Vietnam avec des bandes de gaze maculées de sang, Ernest Pignon Ernest qui fabrique des pochoirs qu’il applique, en 1966, autour du centre de frappe atomique, ainsi que Gerard Zlotykamien qui dessine, sur les murs et palissades, des silhouettes en cernes noires, blanches, rouges et parfois blanches sur blanc, en lien avec Hiroshima et les champs de concentration.
En 1968, des slogans sont inscrits sur les murs des universités parisiennes : « CRS = SS », « Jouissez sans entraves », « Sous les pavés, la plage »…

– Dans les années 70, Outre-Atlantique, des adolescents commencent à marquer leur propre nom et non plus le nom d’un gang. En 1971, Dary Mc Cray (alias « Cornbread ») écrit au marqueur puis à la bombe son nom dans les bus de Philadelphie. Par la suite, les writers se multiplient — Cool Earl, Bobby Kidd, Tity Peace Sign… — et se lancent des défis (Cornbread note son nom sur un éléphant du zoo de Philadelphie…).

– Les premières lois anti-graffiti sont votées en 1972, des fonds apparaissent (souvent en forme de nuages), les lettres gagnent en volume et se complexifient. A partir de 1975, les lettres rondes initiées par Comet (« bubble lettres ») sont remplacées par des lettres remplies et contourées (« throw ups »).

– En 1982, on compte 5’000 wirtters actifs à New York. Certains exercent très activement leur art, à l’instar de Bladequi célèbre, en 1980, sa 5’000 peinture de métro !

– Dans les années 80, les jeunes s’expriment tour à tour sur la toile et des supports illégaux. Des lieux alternatifs d’exposition voient le jour : la Fun Gallery (1981), la Fashion Gallery (dans le Bronx)… La critique encense deux jeunes inconnus — Keith Haring et Jean-Michel Basquiat — qui pratiquent le graffiti en dehors des codes du writing.

– En 1989, les wagons de la MTA sont systématiquement nettoyés, les rames graffées ne sont plus laissées en circulation et l’âge d’or du writing est par conséquent terminé.

– En Europe, toutes les classes sociales (même les plus aisées) s’initient aux codes du writing, notamment grâce à la médiatisation du hip-hop dont il est l’un des piliers fondateurs. En 1983, une dizaine de galeries dédiées à cet pratique émergent en Europe : la Fashion Moda à Amsterdam, la Speerstra Gallery à Paris…

– En 1984, la Bible du graff, Subway Art, arrive des USA ; dedans y sont fixées les codes et les styles de writing. L’année suivante, Joey Starr commence à tagguer, les jeunes se réunissent dans le terrain vague de Stalingrad…

En marge de ce très bonne synthèse chronologique, Graffiti, une histoire en image fournit par ailleurs des informations sur les textes de lois, les outils et les influences des artistes. L’auteur dresse également des portraits forts instructifs — Blek Le Rat, le Groupe VLP, Miss.Tic, Banksy, YZ, Space Invader, Thomas Canto, Zevs — et propose  un glossaire sur les termes techniques ainsi qu’une courte bibliographie analytique.


Dévoré en moins de deux heures, ce livre fait partie de ces ouvrages que l’on a envie de régulièrement rouvrir soit à la recherche d’une information, soit par pur plaisir. A recommander à tous ceux qui veulent en savoir plus sur le graffiti !


Graffiti : une histoire en images

De Bernard Fontaine. Editions Eyrolles

127 pages // Illustrations couleur

ISBN : 2978-221213258-8


Article initialement publié sur Artistikrezo, 8 juin 2011

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