L’Art numérique à maturité (3/5) – Des expositions monographiques

Une rentrée cyber : septembre-octobre 2004

Outre ces manifestations, quelques expositions monographiques significatives marquent la rentrée. Le Cube présente une carte blanche au collectif Pleix, et Wang Du est en Parade au Palais de Tokyo.

A partir du 25 septembre, le Cube d’Issy-les-Moulineaux met à l’honneur Pleix, l’un des rares collectifs de vidéastes français. En l’espace de trois ans (ponctués de très nombreux festivals outre-Manche et outre-Atlantique), ses sept membres aux talents divers – musiciens, graphistes 2D, artistes 3D et monteurs – ont réussi à se forger une solide réputation dans le domaine du vidéo-clip. Esthétique léchée, pluridisciplinarité des techniques (images de synthèse, Flash psychédéliques, typographie, musique électro, photographie…) et ton acerbe sont, très vite, devenus leurs marques de fabrique. Au sein de six espaces distincts, dotés d’écrans LCD et spécifiquement scénographiés (création d’un décor de grande surface pour l’espace « consommation », aménagement de deux petites salles à l’atmosphère oppressante…), les visiteurs arrivent à mieux appréhender les multiples facettes de leur art tantôt poétique et contemplatif, tantôt grinçant : critique de l’omniprésence de la consommation dans nos sociétés, peur de la déshumanisation, souci de l’écologie…

Toujours dans le registre de l’art numérique ludique, nous irons assister à la clôture de la Parade de l’enjoué Wang Du (au Palais de Tokyo, du 17/09 au 2/01). A partir d’informations extraites de multiples médias (télévision, Internet…), cet artiste d’origine chinoise crée des environnements sculpturaux et propose des paysages médiatiques. Pour le Palais, il développe entre autres un Tunnel d’espace-temps, long couloir capitonné de trente centimètre de magazines et parsemé d’une soixantaine de télévisions diffusant simultanément des programmes câblés (guerre en Irak, famine quelque part en Afrique…). Loin du divertissement quelconque, l’œuvre, par le biais de cette métaphore, nous fait comprendre que « nous sommes devenus à la fois des consommateurs de médias et des objets consommés par les médias. »

Dans un registre tout aussi poétique, le plasticien et réalisateur d’environnements sonores Vincent Epplay propose, aux Laboratoires d’Aubervilliers, un dispositif externe en multi-difusion intitulé Ebruitements des rochers parlants. Connu des amateurs pour ses œuvres exploitant, de manière insolite, le mobilier de diffusion sonore (cf. ses précédentes expérimentations à base de hauts parleurs de métro, de juke-boxes…), il nous soumet une nouvelle proposition d’écoute. De faux rochers dissimulés dans la verdure ainsi que d’un champignon à moitié enterré, émergent tout un « petit théâtre sonique constitué de micros climats, de bribes de voix, de borbo-rythmes et de présences animales. » A proximité, le visiteur peut s’isoler dans une cabine d’écoute et découvrir une série de courtes pièces sonores d’artistes (tels que Marcel Broothaers, Georg Brecht, Guy Debord, Joseph Beuys, Chris Burden…) parasitées par des bruits d’erreurs de transmissions.


Article initialement publié sur Fluctuat le 20 septembre 2004

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