Anne Catherine Kliszowski – EPAD

Responsable du pôle culturel de l’EPAD (Établissement Public Aménageur de La Défense), Anne Catherine Kliszowski gère le parc des œuvres du quartier de La Défense.


J-D. B. : Pouvez-vous brièvement nous parler de l’ensemble de sculptures de La Défense ?

Anne Catherine Kliszowski : Dès le début de sa création, l’EPAD a souhaité faire travailler, en même temps, des architectes et des artistes. Actuellement, nous disposons d’une soixantaine d’œuvres, assez monumentales et essentiellement représentatives de l’art contemporain des années 1970 et 1980.
Les premières commandes publiques ont commencé dans les années 70-74 : nous avons, par exemple, lancé deux grandes commandes publiques pour les bassins, l’une a été confiée à Agam, l’autre à Takis. Il y a également un escalier commandé à Piotr Kowalski dans les années 1990 – une des dernières commandes. Le premier projet de cet escalier avait été confié à un architecte, puis nous avons fait appel à Kowalski, qui avait déjà créé la Place des Degrés.
Nous avons aussi la chance d’avoir reçu quelques cadeaux, notamment une sculpture de l’artiste coréen Lim Dong-Lak, qui se trouve devant la tour Opus 12 et qui s’appelle Point Growth. Cette œuvre est très appréciée par les visiteurs parce que sa matière est très brillante et rend magnifiquement en photo sous le soleil.

Comment se fait le choix des différentes œuvres ? Qui opère la sélection ?

La sélection est le fruit des décisions des différents dirigeants de l’EPAD, qui tombent sous le charme du quartier qu’ils ont en gestion, et décident de l’enrichir au moyen d’œuvres d’art.
L’EPAD est un établissement public aménageur, un EPIC (Etablissement Public à Caractère Industriel et Commercial), c’est-à dire que son rôle est de créer et de gérer les structures d’un espace commercial et industriel. Mais contrairement aux autres établissements, qui lorsqu’ils aménagent les espaces publics, les remettent aux communes ou à des syndicats de commune une fois leur mission accomplie, nous avons une spécificité : nous avons gardé la gestion du quartier d’affaires de La Défense pendant cinquante ans, comme si nous étions les services techniques d’une ville. Nous étions à la fois concepteurs et réalisateurs des équipements communs. Cette démarche a d’ailleurs amené une modification du droit administratif français.
Nous avons continué à gérer ces équipements, parce que les villes de Courbevoie et de Puteaux n’avaient pas le possibilités techniques de le faire. Et, la situation a évolué ; l’Etablissement de Gestion Publique de La Défense, créé en 2007, reprend la direction de l’exploitation, et va gérer directement le quartier (avec les communes de Courbevoie, de Puteaux et le Conseil général, en étant séparé de l’EPAD). Celui-ci va se recentrer sur son métier d’urbaniste, et sera peut être amené à se lier à l’EPASA, l’Etablissement Public d’Aménagement Seine-Arche, qui était autrefois une émanation de l’EPAD.

Est-ce que la politique d’acquisition d’œuvres est encore poursuivie par l’EPAD ?

Non, l’EPAD a cessé de lancer des commandes publiques pour des raisons politiques, et c’est vraiment très dommage. Ca s’est arrêté dans les années 1990, lorsque la suppression de l’EPAD a été décidée, et que le ministère de l’Equipement, dont nous dépendons, a estimé que ce n’était plus à nous de gérer le quartier d’affaires mais aux communes et collectivités locales dont le quartier dépend. Nous avons arrêté cette grande politique de commandes publiques, mais j’espère qu’elle va reprendre.
Je pense qu’on devrait relancer de nouvelles commandes publiques avec l’aide du Conseil Général, pour continuer à enrichir ce qu’on a appelé notre « musée en plein air ». Pendant plusieurs années, nous avons organisé des visites autour de cette statuaire, mais l’EPAD devant être dissolu en 2003, puis en 2007 – de nouveau pour des raisons politiques – nous avons arrêté nos visites. Il faudrait les relancer, avec l’inconvénient que le site est immense et qu’il n’est pas facile de voir toutes les sculptures (bien qu’en majorité elles soient quand même le long de l’axe). Nous venons d’ailleurs de nous doter d’un système d’audio-guide permettant de découvrir ce musée à ciel ouvert en toute simplicité.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots l’espace Moretti, qui vient d’ouvrir récemment ?

L’Espace Moretti couvre moins de quatre cents mètres carrés. Nous y avons déjà exposé des pièces de Gottfried Salzmann, qui a réalisé tout une série d’œuvres de commandes autour de la Défense. En février, nous devrions y présenter des peintures de Grataloup, l’artiste qui a exécuté les 800 m² de mosaïque, sous le nom Les trois arbres, sur la cheminée qui ouvre le quartier Michelet. Grataloup est un très grand peintre, mais cette partie de sa création est mal connue en France. C’est donc l’occasion de lui accorder une grande rétrospective.
J’espère que l’espace Moretti sera un relais de cette politique culturelle. On ne peut pas imaginer qu’il abritera des choses monumentales ; il est plutôt destiné à exposer des peintures d’artistes plus ou moins connus, en relation avec La Défense.

Article initialement publié sur Art and You, 17 décembre 2008

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