Anaïs Delage – Artparis 2009

Andrei Molodkin place au centre de son œuvre l’épine dorsale de notre civilisation : le pétrole. En 2008, il exposait ses Cuts into the veins of the western Oil Dependency, à la galerie Orel Art.

Lors d’Artparis, nous retrouvons ses œuvres sur le stand de cette même enseigne. Anaïs Delage retrace le parcours de cette galerie spécialisée dans l’art contemporain russe, d’Ukraine et d’Europe de l’Est. Un gisement prometteur !


J-D. B. : Depuis combien de temps travaillez-vous avec Andrei Molodkin ?

Anaïs Delage : Andrei Molodkin est un artiste russe assez reconnu dans le monde de l’art, avec qui la galerie Orel Art a commencé à travailler en 2001. La galeriste, Ilona Orel, a ouvert son nouvel espace avec cet artiste. C’est quelqu’un qui aime provoquer, et ça marche. Ce qui est intéressant dans ses œuvres, ce sont les différents niveaux de lecture. Dans certaines d’entre elles, on lit une provocation extrême, mais aussi beaucoup d’autres choses… Nous l’avons suivi et défendu pendant toute cette année, nous le représentons régulièrement lors de foires internationales. Il est entré en collaboration avec d’autres galeries, avec qui nous collaborons aussi.
Ce fils de prof de chimie a tout juste quarante-trois ans. Récemment, The Independent a publié un article sur son travail, et le Financial Times en prépare un dans lequel il explique comment changer les hommes en pétrole… Il y a toujours beaucoup d’humour dans ses œuvres, et dans son discours.
Je pense que c’est vraiment un artiste à suivre de près. Nous sommes d’autant plus fiers qu’il va représenter la Russie à la Biennale de Venise, en juin prochain. Ensuite, pour boucler la boucle, nous ouvrons un nouvel espace à Londres, le 22 avril, avec le vernissage de la nouvelle exposition d’Andrei, « Green and Grease ».

Pourquoi avoir choisi d’éditer une série de reprographies de l’une des œuvres ?

Andrei Molodkin est un artiste très demandé, et on a une liste d’attente assez longue pour certaines œuvres. Ses très grands formats impliquent d’avoir de la place et des moyens, car il a maintenant une cote assez élevée. Ils ne sont pas accessibles à tous; pour l’exemplaire unique de I Love Art, il faut compter 56’000 euros.
Pour répondre à cette demande d’une autre manière, nous avons voulu démocratiser un peu plus son art. Nous avons voulu répondre au système économique et à la crise actuelle, en proposant des éditions impression sur toile de l’œuvre originale. L’édition compte cent impressions, vendues à 400 euros pour les dix premières, 450 pour les dix suivantes – on ajoute 50 pour chaque impression jusqu’à 900 pour les dix dernières. Elles sont toutes signées par l’artiste, numérotées, et dédicacées, puisque l’artiste est présent sur le salon. Suivant l’envie de chaque collectionneur, l’artiste fait de petits ajouts. Toutes les impressions sont signées différemment, pour que l’œuvre qui à l’origine est issue d’une édition de cent, devienne une œuvre unique.

Cette année, il n’y a aucune galerie moscovite sur le salon…

Cette année, il n’y en a pas à Artparis. La situation en Russie, en ce moment, est assez catastrophique. Nous devions être présents à la Moscow World Fine Art Fair, la foire d’art de Moscou, qui devait se tenir du 25 mai au 1er juin 2009, mais elle a été annulée en raison de la crise financière…

La galerie Orel Art ressent-elle ce rude climat économique ?

On ne peut pas dire qu’on le ressente vraiment. Nos collectionneurs sont à 90% occidentaux. Nous ne travaillons pas directement avec les collectionneurs russes, sinon nous aurions ouvert une galerie à Moscou. Quand Ilona Orel a ouvert la galerie, son idée était vraiment d’ouvrir le marché à l’Europe, à l’Amérique…

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’ouverture de votre nouvel espace à Londres ?

Ilona Orel est née en Russie, elle y a fait une école des Beaux-Arts, et petit à petit, elle en est venue à ouvrir une galerie avenue Marceau. Assez vite, elle a voulu un espace plus intéressant (rue Quincampoix). Nous disposons de plus de place, pour les expositions et celles-ci sont plus excitantes. À Londres, l’espace sera tout aussi grand, 350 m2. Nous exposerons au deuxième étage d’un bâtiment ancien récemment rénové, au centre de Londres, au 7 Howick Place, London SW1, un emplacement stratégique juste à côté de Victoria’s Street. Les artistes sont français, italiens, anglais, et américains ; on a qu’un faible pourcentage de Russes.

Quelle sera l’actualité à Londres ?

Fin mars, nous avons présenté Valery Chtak, un jeune artiste russe, qui a fait sa première exposition française en 2008 à l’espace Louis Vuitton, lors de « Moscopolis ». Pour la première fois, il collabore avec une galerie française. Nous lui avons laissé tout l’espace de la galerie, qu’il va complètement investir, réarranger, re-customiser des objets comme skates, et autres objets dans le style street-art… Ce sera une expo très vivante.

A Paris, les artistes russes demeurent-ils prioritaires ?

Cela reste notre spécialité, on aime retrouver cette petite « touche ». Ce grand pays possède une culture très riche. Grâce à un héritage et un enseignement artistique intéressant chez eux, les artistes déploient des techniques exceptionnelles. Nous n’arrêtons pas de rencontrer des artistes tous plus intéressants les uns que les autres. D’autres pays sont aussi passionnants. Depuis un an et demi, nous travaillons avec de nouveaux artistes, comme Rupert Shrive et Stephen J. Shanabrook.

Il y a un an, vous présentiez une exposition d’un remarquable artiste hongrois, Laszlo Fehér.

Tout ce que Laszlo Fehér fait est magnifique. C’est un artiste vraiment surprenant, avec une technique parfaite, ne serait-ce que dans le détail, la finition. C’est rare de voir un peintre travailler de cette façon aujourd’hui. Personnellement, ses œuvres me touchent énormément. Au moment où je vous parle, nous sommes en pourparler pour organiser une exposition avec lui à Londres.

Enfin quels sont prochains événements ?

Trois autres de nos artistes sont mis en avant par l’actualité : Andrei à la Biennale, Dasha Fursey à l’arsenal, et Dubossarsky – Vinogradov, qui auront une exposition personnelle dans un palazzio. Pour finir, notre nouveau site web sera mis en place dans quelques semaines. Pour cette année, nous nous concentrons sur ces événements.


Article initialement publié sur Art and You, 2 avril 2009

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