Agnès Thurnauer – Parcours Saint-Germain 2009

Dans le cadre du Parcours Saint-Germain, du 29 mai au 12 juin 2009, la boutique Christian Dior présente un ensemble de « Portraits grandeur nature » ainsi qu’une série de peintures de ciels d’Agnès Thurnauer.

J-D. B. : Pouvez-vous nous présenter, en quelques mots, vos « Portraits grandeur nature » ? Que cherchez-vous à montrer à travers ces représentations conceptuelles ?

Agnès Thurnauer : Les portraits qui sont dans la vitrine ont spécifiquement été créés pour Dior. C’est un travail qui est certes conceptuel, mais qui se situe également dans le droit fil de la tradition des portraits. Au lieu qu’il y ait un visage comme dans la tradition artistique, il y a un nom.
Au départ, je cherchais une forme pour montrer qu’il n’y avait eu que peu de femmes dans l’histoire de l’art, et je me disais qu’il serait intéressant de solariser l’histoire de l’art. J’ai donc inversé la forme.
Pour la boutique Dior, j’ai décidé de créer le portrait de Jacqueline Lacan (on est ici à l’emplacement de l’ancienne librairie Le Divan), puis ceux de Jeanne Galliano et de Christiane Dior, en référence aux noms du fondateur et du créateur qui travaille en ce moment pour cette maison de haute-couture.

Quel est le rôle du nom dans votre œuvre ?

Pour moi, le nom est une forme en soi. Le nom se détache et devient une forme qui va retraverser toutes les autres. Ces portraits sont inscrits sur une demi-sphère en plan américain. On est dans un registre assez proche de celui de l’histoire de la peinture, sauf qu’ici ce ne sont pas des portraits en plan américain où on voit des visages, mais des portraits où le nom tient lieu de figure.

S’agit-il plutôt de confrontations, ou d’assemblages de plusieurs noms ?

Il s’agit plutôt d’une expansion. Le cadre dans lequel ce travail s’inscrit génère une réflexion, une créativité… Chez Dior, il était intéressant d’obtenir une carte blanche totale. Je pense que c’est un signe de la qualité de cette maison et de sa sophistication. Quand j’ai décidé de travailler sur Jacqueline Lacan et de créer le portrait par rapport à la mémoire du lieu, j’ai voulu mettre la petite prédelle bye-bye légèrement ironique par rapport à la question de la valeur, du marché… Qu’est-ce qu’une valeur ? A-t-elle une durée ? Pour moi, c’est une contrainte mais qui crée une forme de créativité de la même façon que les ciels qui sont ici…

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces ciels ?

J’ai décidé de produire cette série parce que cela m’intéressait de confronter l’injonction de la mode, du temps et des saisons avec mon temps qui est celui de la peinture. Ce sont des ciels, vraiment des ciels… Ce sont de tout petits tableaux qui ont l’air très poétique mais qui ont une connotation assez forte pour moi.
Quand vous commencez à peindre un ciel, votre sujet a déjà changé. Il s’agit à la fois d’une quête et d’une impossibilité pour le peintre. Peindre un ciel, c’est représenter un temps impossible ; lorsque vous commencez à le peindre, il est déjà en mouvement et le modèle n’est déjà plus le même.


Article initialement publié sur Art and You, 10 juin 2009

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